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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies. festons et astragales, 1859

Démolitions

Louis Bouilhet· 12 quatrains, octosyllabes, 48 vers

A PHILOXÈNE BOYER

Ah ! pauvres maisons éventréesPar le marteau du niveleur,Pauvres masures délabrées ;Pauvres nids qu’a pris l’oiseleur !

Quand, sous le suaire des nues,Au bord des larges boulevards,Se dressent vos carcasses nuesComme autant de spectres blafards..

Quand vos cloisons mal affermies ,Livrent aux regards insultantsLes secrètes anatomiesDu foyer qui vécut cent ans…

Et qu’on voit, au long des murailles,Sous la morsure des grappins,Flotter, ainsi que des entrailles,Vos vieux lambeaux de papiers peints !…

Mon cœur qui garde, en ses abîmes,Comme une perle au fond des mers,Un trésor de pitiés intimes .Pour l’ennui des taudis déserts…

Mon cœur frémit, ma foi s’écroule,Devant ces manœuvres impursDont la cognée ouvre à la fouleLa conscience des vieux murs !

Voici les noires cheminées ,Poumons bruyants de la maison,Où les aïeules inclinéesSouriaient au rouge tison.

Voici la mansarde fidèleOù le poète, pauvre encor.,Confiait au nid d’hirondelleLe secret de ses rêves d’or.

Ah ! douloureuses gémonies !Ils ont tout mis sous l’œil du jour,Depuis la chambre aux agonies,Jusqu’aux alcôves de l’amour !

On dit qu’au soir, dans les ténèbres,L’essaim des souvenirs troublés .Fait sonner ses ailes funèbresSur ces restes démantelés…

Pour les couvrir, montez, o lierres !Brisez l’asphalte des trottoirs ;Jetez sur la pudeur des pierresLe linceul de vos rameaux noirs !

Cercueils froids que le sage envie,J’ai vu votre ombre et vos lambeaux,Mais ces sépulcres de la vieSont plus mornes que les tombeaux !

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a éventrées / délabrées féminine, classiqueb niveleur / l’oiseleur masculine, classiquea nues féminine, classiqueb boulevards / blafards masculine, classiquea affermies / anatomies féminine, classiqueb insultants / ans masculine, classiquea murailles / entrailles féminine, classiqueb grappins / peints masculine, classiquea abîmes / intimes féminine, classiqueb mers / déserts masculine, classiquea s’écroule / foule féminine, classiqueb impurs / murs masculine, classiquea cheminées / inclinées féminine, classiqueb maison / tison masculine, classiquea fidèle / d’hirondelle féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquea gémonies / agonies féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquea ténèbres / funèbres féminine, classiqueb troublés / démantelés masculine, classiquea lierres / pierres féminine, classiqueb trottoirs / noirs masculine, classiquea envie / vie féminine, classiqueb lambeaux / tombeaux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies. festons et astragales, Paris, LIBRAIRIE NOUVELLE, 1859· numérisation gallica.bnf.fr· Sources