Poésies. festons et astragales, 1859
La louve
Marcia, la vieille louve,Au fond de son antre couvePlus d’une jeune beauté,Et, quand la rue est obscure,Répand au loin, dans Suburre,Son fol essaim qui murmurePar les chaudes nuits d’été !
Elle a la belle Grecque,‖ enivrante sirène,La fille de Lesbos‖ aux soupirs cadencés,Qui suspend ses doigts blancs‖ à sa lyre d’ébène,Et danse aux carrefours‖ la danse ionienne,Avec un bandeau d’or‖ sur ses cheveux tressés !
Elle a l’ardente Latine,Qui sous une mitre inclineSon front bruni du soleil,Nymphe au sourire magique,Glissant sous le blanc portique,Avec sa fauve tuniqueEt son brodequin vermeil !
Elle a pour nos plaisirs,‖ la Gauloise superbe,Le front ceint de gui pâle,‖ aux feuillages amers ;Son pied neigeux bondit‖ sans faire plier l’herbe !Ses longs cheveux épars‖ semblent l’or d’une gerbe,Et son regard farouche‖ est bleu comme les mers !
Elle a ses négresses follesQui, sur leurs noires épaules,Enlacent des serpents verts.Elle a l’Arabe indolenteQui, la nuit, dort sous la tente,Et le jour boit, haletante,A la source des déserts !
— Mais la plus belle, amis,‖ c’est la blanche chrétienne,Qui pleure et ne veut pas,‖ et rougit tour à tour,Et qui de son Dieu mort‖ pressant l’image vaine,Demande à deux genoux‖ les tigres de l’arène,Quand on la jette nue‖ aux baisers de l’amour !
Versification
- Forme
- Septains
- Rimes
- 3{1(aabcccb) 1(abaab)}
- Mètre
- Heptasyllabes et alexandrins (21 de 7, 15 de 12)· profil 7, 6+6
- Strophes
- 3 septains, 3 quintils
- Mots à la rime
- a louve / couve féminine, classiqueb beauté / d’été masculine, classiquec obscure / Suburre / murmure féminine, classiquea sirène / d’ébène / ionienne féminine, classiqueb cadencés / tressés masculine, classiquea Latine / incline féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquec magique / portique / tunique féminine, classiquea superbe / l’herbe / gerbe féminine, classiqueb amers / mers masculine, classiquea folles / épaules féminine, équivalenteb verts / déserts masculine, classiquec indolente / tente / haletante féminine, classiquea chrétienne / vaine / l’arène féminine, classiqueb tour / l’amour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies. festons et astragales, Paris, LIBRAIRIE NOUVELLE, 1859· numérisation gallica.bnf.fr· Sources