Poésies. festons et astragales, 1859
Le danseur Bathylle
La belle Métella,‖ femme du vieux préteur,Est pâle maintenant,‖ et. porte dans son cœurUn mal secret qui la déchire ;Par le bois d’orangers‖ qui borde sa villa,Elle marche au hasard,‖ la belle Métella,Comme une bacchante en délire.
Pour sonder jusqu’au fond‖ l’avenir incertain,Vingt fois l’urne d’albâtre‖ où roule le destinSous ses doigts tremblants s’est vidée ;Et vingt fois Métella,‖ chez les magiciens,A mêlé, dans la nuit,‖ les sorts campaniensAux enchantements de Chaldée !
Elle aime, et ce n’est pas‖ le chevalier romain,Bien qu’il soit jeune et fier,‖ et qu’il presse,’en chemin,Une cavale au frein sonore,Qu’il ait sa place au cirque,‖ auprès des sénateurs,Que sa bague étincelle,‖ et qu’au jour des honneurs,D’olivier son front se décore !
Ce n’est pas le consul,‖ au long manteau rayéSi beau qu’à son aspect,‖ du peuple émerveilléTombe le murmure frivole,Alors que précédé‖ du licteur éclatant,Avec sa robe blanche,‖ il balaye, en montant,Les blancs degrés du capitole !
Ce n’est pas le tribun,‖ l’homme au pouvoir hautain,Qui d’un mot de sa bouche‖ arrête le destin,Ni l’édile aux dons magnifiques,Ni le riche patron,‖ de qui mille clientsAutour de la sportule‖ humbles et suppliantsSans cesse assiègent les portiques.
Si Métella soupire‖ et n’a plus de sommeil,Ce n’est point le soldat‖ bruni par le soleilQui trouble sa nuit inquiète,Ni le poëte grec‖ aux vers ingénieux,Ni l’esclave gaulois,‖ prince par ses aïeux,Qui porte une urne sur sa tête.
L’image qui bondit‖ sous ses yeux enflammés,C’est le danseur Bathylle,‖ aux cheveux parfumés,Bathylle aux poses languissantes,Bathylle qui s’envole,‖ et qui glisse, et qui fuit,Et fait battre le cœur‖ des matrones, au bruitDe ses cymbales frémissantes.
Bathylle qu’aux Romains‖ la Grèce, un jour, céda,Si gracieux, alors‖ qu’il danse la Léda,Sous une tunique de femme !Ou quand son corps mobile,‖ en cercle se tordant,Tourne comme une roue,‖ et dans son vol ardentDe tout un peuple emporte l’âme !
Mais Bathylle est cruel,‖ et ne se donne pas,Il veut un sang illustre‖ et de nobles appasPour une faveur qu’il accorde ;Et plus d’un sénateur‖ aux antiques aïeuxTriomphant d’être père,‖ élève sous ses yeux,Quelque petit danseur de corde.
Versification
- Forme
- 9 sizains (sizains)
- Rimes
- 9(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (36 de 12, 18 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 9 sizains
- Mots à la rime
- a préteur / cœur masculine, classiqueb déchire / délire féminine, classiquec villa / Métella masculine, classiquea incertain / destin masculine, classiqueb vidée / Chaldée féminine, classiquec magiciens / campaniens masculine, classiquea romain / chemin masculine, classiqueb sonore / décore féminine, classiquec sénateurs / honneurs masculine, classiquea rayé / émerveillé masculine, classiqueb frivole / capitole féminine, classiquec éclatant / montant masculine, classiquea hautain / destin masculine, classiqueb magnifiques / portiques féminine, classiquec clients / suppliants masculine, classiquea sommeil / soleil masculine, classiqueb inquiète / tête féminine, classiquec ingénieux / aïeux masculine, classiquea enflammés / parfumés masculine, classiqueb languissantes / frémissantes féminine, classiquec fuit / bruit masculine, classiquea céda / Léda masculine, classiqueb femme / l’âme féminine, classiquec tordant / ardent masculine, classiquea pas / appas masculine, classiqueb accorde / corde féminine, classiquec aïeux / yeux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies. festons et astragales, Paris, LIBRAIRIE NOUVELLE, 1859· numérisation gallica.bnf.fr· Sources