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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies. festons et astragales, 1859

Les fossiles

Louis Bouilhet· strophes variées, alexandrins, 776 vers

A GUSTAVE FLAUBERT

I

Un air humide et lourd‖ enveloppe le monde ;Aux bords de l’horizon,‖ comme des caps dans l’onde,Les nuages rayés‖ s’allongent lentement,Et le soleil, immense‖ au fond du firmament,Heurtant au brouillard gris‖ sa lueur inégale,Sur le globe muet‖ penche son disque pâle.Aucun bruit sur la terre,‖ aucun bruit dans les cieux,Que l’oscillation‖ des grands océans bleus !Les granits, se tordant‖ en postures difformes,Dans les espaces nus‖ dressent leurs blocs énormes,Tandis que, çà et là,‖ sur leur flanc dépouillé,Jaunit la mousse maigre‖ et le lichen rouillé !Parfois, un large éclair,‖ échappé de la nue,De sa fauve lueur‖ embrase l’étendue,Et du monde ébranlé‖ les volcans mal éteintsRépondent sourdement‖ aux tonnerres lointains.Les nuits, les longues nuits‖ tendant leurs voiles sombres,Sur l’ennui du soleil‖ jettent l’ennui des ombres !Seule, au-dessus des mers,‖ la lune voyageantLaisse, dans les flots noirs,‖ tomber ses pleurs d’argent !

Sur l’aride plateau‖ de ce désert immense,Les siècles désolés‖ se suivent, en silence.

Pourtant, au pied des rocs,‖ au bord du gouffre amer,Quelque chose a paru,‖ quelque chose de vert :Cela se courbe au vent,‖ ou se tord en spirale,Cela pend au granit‖ ou sur les eaux s’étale,Et, de tous les côtés,‖ sous le soleil plus clair,La végétation‖ monte, comme la mer !C’est un bruit doux et lent,‖ qui va des monts aux grèves,Frisson des germes nus,‖ et murmure des sèves,Travail de la racine‖ entr’ouvrant le sol dur,Feuillages déployés,‖ qui tremblent dans l’azur.Près des pins odorants,‖ les cycas et les prêlesPoussent leurs rameaux droits,‖ bordés de feuilles frêles ;La fougère fibreuse‖ et les palmiers touffusSe balancent, en foule,‖ aux horizons confus.Toute force, cachée‖ aux flancs de la nature,Jaillit, tumultueuse,‖ en torrents de verdure :Les arbres, à l’étroit,‖ descendent des coteaux,Les rameaux frémissants‖ s’attachent, aux rameaux,Les bois suivent les bois,‖ par les larges campagnes,Et divisant leurs cours,‖ aux bases des montagnes,Dans les grandes forêts‖ tombent échevelés,Comme vont à la mer‖ les fleuves déroulés.Partout, les vents tiédis‖ emportent dans l’espaceL’âcre senteur de l’herbe‖ et de la terre grasse ;Un nuage flottant‖ d’arômes inconnusSort des bourgeons gonflés et des lobes charnus ;Sous le poids du soleil‖ tout le feuillage fume !Un arc-en-ciel géant‖ se courbe dans la brume,Les sapins monstrueux,‖ de moment en moment,Sous leur écorce dure‖ ont un tressaillement,Tandis qu’au pied des monts,‖ la forêt, sur ses voûtes,Sent tomber lentement‖ la pluie aux grandes gouttes !Par l’éternelle nuit‖ des ombrages sans fond,Un murmure s’épand,‖ monotone et profond.Des arbres effarés‖ les cimes entr’ouvertesDans les hauteurs du ciel‖ font des tempêtes vertes !Et l’orage bondit,‖ en déchirant les airs,De la houle des bois‖ à la vague des mers !Les deux immensités‖ dans l’espace étendues,Ensemble vont roulant‖ leur plainte sous les nues,Et l’on n’entend au loin,‖ comme deux grands sanglots,Que le bruit du feuillage‖ avec le bruit des flots !

Le sable, cependant,‖ fermente au bord de l’onde,La nature palpite‖ et va suer un monde.Déjà, de toutes parts‖ dans les varechs salésSe traîne le troupeau‖ des oursins étoilés ;Voici les fleurs d’écaille‖ et les plantes voraces,Puis tous les êtres mous,‖ aux dures carapaces,Et les grands polypiers‖ qui, s’accrochant entre eux,Portent un peuple entier‖ dans leurs feuillages creux.La vie hésite encore,‖ à la sève mêlée,Et, dans le moule antique,‖ écume refoulée !

Sur la grève soudain,‖ parmi le limon noir,Une chose s’allonge,‖ épouvantable à voir :La masse, lentement,‖ sort des vagues humides,Un souffle intérieur‖ gonfle ses flancs livides,Et son grand dos gluant,‖ semé de fucus verts,Comme un mont échoué,‖ se dresse dans les airs !Elle monte ! elle monte !‖ et couvre les rivages !Sous le ventre ridé‖ sonnent les coquillages,La patte monstrueuse,‖ aux gros doigts écaillés,S’étale lourdement‖ sur les galets mouillés !Au bruit des vents lointains,‖ parfois la bête énormeTourne son museau grêle‖ et sa tête difforme ;Hérissant leur poil, dur,‖ ses naseaux dilatésSemblent humer le monde‖ et les immensités,Pendant que ses yeux ronds,‖ bordés de plaques fortes,Nagent, lents et vitreux,‖ comme des lunes mortes !Hideuse, elle s’arrête,‖ au bout du sable amer,Et sa queue, en longs plis,‖ traîne encor dans la mer !Alors, montrant à nu‖ ses dents démesurées,Et fronçant sur son dos,‖ ses écailles serrées,Elle pousse avec force‖ un long mugissement,Qui s’élargit au loin‖ sous le bleu firmament !…Par les monts, par les bois‖ aux mornes attitudes,La clameur se déroule‖ au fond des solitudes,Et le vaste univers‖ écoute, soucieux,Ce grand cri de la vie‖ épandu dans les cieux !

II

Entre deux rangs penchés‖ de collines désertes,Un golfe poissonneux‖ ride ses ondes vertes ;C’est un large marais‖ qui dort, sous le ciel clair,Reste des grandes eaux,‖ oublié par la mer.Des madrépores blancs,‖ garnis de coquillages,D’une frange nacrée‖ entourent les rivages,Et l’éponge poreuse,‖ attachée aux îlots,Ouvre ses bouchas d’or‖ à l’écume des flots !Dans les algues, au loin,‖ par troupes répandues,Avec leur dos bombé‖ cheminent les tortues.Les crabes inquiets,‖ dont les doigts ont des dents,Se glissent à fleur d’eau‖ sous les rochers pendants,Tout rampe et tout frémit‖ sur la plage isolée…Et, dressant jusqu’au ciel‖ leur touffe amoncelée,Près des minces bambous,‖ enflés de nœuds égaux,Les zamias fleuris‖ couronnent les coteaux.Le temps est calme et pur,‖ l’essaim des brises doucesSur les rochers velus‖ fait frissonner les mousses,Tandis que le soleil,‖ étalant tous ses feux,S’écrase, épanoui,‖ dans la blancheur des cieux !

Tout à coup, s’élançant‖ des cavernes profondes,Une secousse forte‖ a remué les ondes ;De longs cercles moirés,‖ qui grandissent encor,En flocons écumeux‖ se brisent sur le bord,Et, craquant de terreur,‖ les volutes surprisesDans la conque d’émail‖ rentrent leurs cornes grises…

Une forme lointaine‖ apparaît sur les flots ;Elle nage, elle ondule,‖ au détour des îlots ;Sur ses flancs, revêtus‖ de plaques diaprées,Glissent des reflets bleus‖ et des teintes pourprées ;C’est un monstre inconnu,‖ qui recourbe, en rampant,Sur le dos d’un lézard‖ la tête d’un serpent !Tantôt silencieux,‖ dans la fraîcheur des ondesIl plonge son cou mince,‖ armé d’écaillés blondes,Et, le long de sa gorge‖ ouverte avec effort,Les poissons sous la peau‖ se débattent encor !Tantôt, s’entortillant‖ aux branches du rivage,Avec sa tête plate‖ il sonde le feuillage,Puis, le corps dans les flots,‖ poursuit, en s’allongeant,Sur les palmiers en fleurs‖ les limaces d’argent,Ou, de leur nid de sable‖ écartant les tortues,Fait craquer les œufs ronds‖ entre ses dents pointues !Ah L la joyeuse bête,‖ au gros ventre vermeil,Qui se roule dans l’onde‖ et qui bâille au soleil !

Mais, du côté des monts,‖ une rumeur s’élève,Comme le bruit heurté‖ des vagues sur la grèvesLà-bas, à l’horizon,‖ flotte un nuage obscur,Qui vient en tournoyant‖ et tache le ciel pur !Claquant à coups pressés,‖ montant sans intervalle,Le bruit grandit toujours,‖ l’ombre toujours s’étale,Puis le noir tourbillon‖ crève sur les coteaux,Essaim tumultueux‖ d’étranges animaux,Dont le ventre hideux,‖ sillonné de plis fauves,Se balance dans l’air‖ entre des ailes chauves.Leur tète, a forme double,‖ effilant son museau,Commence en crocodile‖ et finit en oiseau.Ils ont le corps gonflé,‖ les pattes étendues,Et, de leurs ongles tors,‖ égratignant les nues,Grands, petits, au hasard,‖ pèle-mêle envolés,Courbant les bois touffus,‖ rasant les flots salés,S’abattent lourdement‖ parmi les algues noires !…Toute la légion‖ couvre les promontoires !Cela grouille et bruit,‖ sous les rameaux pendants,Et, dans chaque buisson,‖ luisent des yeux ardents !

Cependant, sur les eaux,‖ la bête au dos d’écailleS’arrête soupçonneuse‖ et flaire la bataille ;Son grand cou, ruisselant‖ de l’écume des mers,Comme un tronc d’arbre nu‖ se dresse dans les airs,Et les mille clameurs‖ par la brise apportées,Font monter à sa peau‖ des teintes irritées !Pareille au vent qui passe‖ à travers les roseaux,Son haleine sonore‖ écarte ses naseaux,Un siffleraient aigu‖ de sa gorge s’élance.Alors, tout se confond,‖ et la lutte commence,Où, parmi les abois‖ et les glapissements,Comme des grains de grêle,‖ on entend par momentsSonner les becs rugueux‖ sur les écailles dures !Les ailes frappent l’air‖ avec de longs murmures.Du cercle bruissant‖ le reptile entouréPromène, autour de lui,‖ son regard effaré ;Il bondit sur les flots,‖ il recule, il avance,Il fouette l’eau profonde‖ avec sa queue immense,Et se roule, et secoue,‖ en ses vastes élans,Tout le sombre troupeau‖ qui s’attache à ses flancs !Parfois il semble mort,‖ et, comme une liane,Laisse flotter son cou‖ sur l’onde diaphane,Puis relève, soudain,‖ par un jet furieux,Sa tète de serpent‖ qui siffle dans les cieux !Rapide, inévitable,‖ il saisit, sous les nues,Entre ses longues dents‖ leurs ailes étendues,Prend les corps dans ses plis,‖ ou, glissant par dessous,Du bout de son museau‖ fouille leurs ventres mous !L’espace retentit‖ de plaintes enrouées,Et, piquant le sommet‖ des vagues remuées,Le sang noir, goutte à goutte,‖ éparpillé dans l’air,De globules visqueux‖ tache le golfe clair ;Mais comme au pied des monts,‖ lorsque le vent d’orageÉcorche le sol dur,‖ et fait, sur son passage,Onduler a longs flots‖ les vallons sablonneux,La poussière en roulant‖ s’envole par les cieux,Et de ses tourbillons‖ couvre au loin les campagnes !…Tel, du bord des marais‖ et du flanc des montagnes,Des buissons, des îlots,‖ des ravins tortueux,Monte l’essaim plus large‖ et plus tumultueux.Tous les becs sont tendus,‖ avec leurs dents serrées,Tous les doigts, allongeant‖ leurs griffes acérées,Cherchent les yeux du monstre,‖ et si, jusqu’à sa chair,L’écaille en quelque endroit‖ laisse un chemin ouvert !Le reptile, ébloui‖ par cette multitude,Ramasse tout son corps‖ et gonfle sa peau rude,Puis, poussant vers le ciel‖ un dernier sifflement,Plonge avec un bruit sourd‖ dans l’abîme écumant !Les bêtes, çà et là,‖ par la vague bercées,Flottent, le ventre en l’air‖ et les pattes dressées,Ou rampent en criant‖ dans les algues du bord ;Tandis que, sur les eaux‖ qui palpitent encor,Croisant de leurs yeux verts‖ les glauques étincelles,Les autres, à l’entour,‖ font retentir leurs ailes,Et, du golfe au ciel bleu‖ tordent, en croassant,Leur spirale sans fin‖ qui va s’élargissant !…

III

Comme les airs sont doux !‖ comme le ciel rayonne !Tout tressaille à la fois !‖ tout fleurit ! tout bourgeonne !Et des halliers épais‖ s’échappe, par moments,Un long flot de parfums‖ et de bourdonnements !Dans les rameaux touffus‖ sonnent des voix nouvelles ;Sur les immenses nids‖ battent les grandes ailes ;Le monde, enveloppé‖ d’un sourire joyeux,Reluit au soleil clair,‖ et la vie en tous lieuxÉtale, adoucissant‖ la rudesse des formes,Sa pompe gigantesque‖ et ses grâces énormes !

Tout est calme et splendide,‖ et porte la beautéDans sa force première‖ et sa sérénité !Le bananier puissant,‖ qu’aucun souffle n’incline,Sous l’ombre d’une feuille‖ abrite une colline,Et les lourds papillons‖ d’azur et de carmin,Au bord des grandes fleurs,‖ se posant en chemin,Répandent avec bruit,‖ sur la mousse sauvage,Les calices profonds‖ où tient l’eau d’un orage !Partout, l’orchis vivace,‖ à l’écorce monté,Des antiques rameaux‖ couvre la nudité.Au tronc rugueux des pins‖ flottent des grappes roses !Et, secouant à l’air‖ ses corolles écloses,La liane se roule‖ en cercles tortueux,Tandis que, par endroits,‖ un cycas monstrueuxFait jaillir en bouquet,‖ de ses bulbes ouvertes,Des feuillages légers‖ comme des plumes vertes !Cependant l’araignée,‖ au pied maigre qui fuit,Noire, épaisse, velue,‖ attentive à tout bruit,D’une montagne à l’autre‖ étend ses longues toiles,Où la rosée éclate‖ en humides étoiles !Et, l’aile embarrassée‖ aux mailles des réseaux,Comme des moucherons‖ se prennent les oiseaux !Sur les sables luisant‖ de baves argentées,Des limaçons bossus,‖ aux cornes dilatées,Se traînent lentement ;‖ les fourmis, en troupeaux,Par d’obliques sentiers‖ gravissent les coteaux,Tirant avec effort,‖ vers leurs greniers en cônes,La datte violette‖ et les bananes jaunesSous le dôme plissé‖ des larges champignons,Dorment les grands lézards‖ et les caméléons ;L’abeille au creux d’un cèdre‖ a bâti ses cellules ;Aux pointes des roseaux‖ tremblent les libellules ;Mille essaims bruissant‖ qui prennent leur essor,Tourbillonnent, dans l’air,‖ comme un nuage d’or !Des roches de mica‖ les cimes à facettesPrès des mornes granits‖ font briller leurs paillettes ;Et la terre féconde,‖ ouvrant son sein vermeilPour aspirer la vie‖ et boire le soleil,Montre, de place en place,‖ à travers sa peau sombre,Ses os de marbre dur‖ et ses veines sans nombre !

Mais, au-dessus des bois,‖ l’un l’autre s’appelant,Deux oiseaux d’écarlate,‖ au vol étincelant,Se suivent dans les cieux,‖ fendant avec leurs ailesDe l’espace azuré‖ les vagues éternelles !Puis, glissant de la nue,‖ ainsi qu’un large éclairS’abattent, à grand bruit,‖ sous le feuillage vert !…Le cri rauque et perçant‖ de leurs gorges gonfléesExpire mollement‖ en cascades roulées ;Leurs yeux ronds semblent d’or,‖ mille frissons joyeuxFont, sur les sables fins,‖ palpiter leurs pieds bleus,Et, dans le tourbillon‖ des ailes qui frémissent,Leurs becs impatients‖ se cherchent et s’unissent !L’air est chaud, le ciel lourd,‖ de moment en moment,Les buissons autour d’eux,‖ s’écartent lentementEt l’on voit flamboyer‖ leurs plumages superbes,Comme un rouge incendie,‖ entre les hautes herbes !…

IV

La nuit, comme une mer,‖ s’étale dans les cieux ;Seul, le faite indécis‖ des bois silencieuxSe découpe, plus noir,‖ sur l’immensité sombre,Et la forme et le bruit‖ vont s’effaçant dans l’ombre…Parfois, épanouie‖ à l’horizon lointain,Une étoile s’entr’ouvre‖ et se ferme soudain,Et la terre, étouffant‖ sous les ténèbres lourdes,Soulève son flanc large‖ avec des rumeurs sourdes !Pourtant une lueur,‖ vague et douteuse encor,Du firmament obscur‖ vient effleurer le bord,Et la lune d’argent,‖ qui dans les ombres nage,S’élève, par degrés,‖ de nuage en nuage,Faisant neiger au loin,‖ comme des flocons blancs,Sa lumière glacée‖ aux reflets vacillants,Qui, sur les vallons creux‖ et les grands promontoires,Palpite, en s’accrochant‖ aux aspérités noires !Comme un monde inconnu‖ qui se dévoilerait,Toute la plaine alors‖ sous les deux apparaît :Pré large, où cent ruisseaux‖ croisent leurs folles courses,Nénufars endormis‖ sur le cresson des sources,Étangs silencieux,‖ tout hérissés de joncs,Où les oiseaux pêcheurs‖ ont cessé leurs plongeons !Mais parmi les roseaux,‖ dressant sa taille énormeDont un rayon de lune‖ ébauche au loin la forme,Une bête velue,‖ et qui souffle toujours,Rumine gravement‖ sur ses quatre pieds lourds !Sa crinière foncée‖ a des touffes profondesQui flottent, à son dos,‖ comme de noires ondes ;Sa tète est formidable ;‖ a chacun des côtésTombe une oreille large,‖ en flocons argentés ;Comme un double croissant,‖ deux défenses d’ivoire,Du mufle qui s’allonge‖ écartant la peau noire,Se tordent vers les cieux ;‖ et, pendue en avant,La trompe monstrueuse‖ oscille dans le vent !Son gros ventre, fouetté‖ par les herbes humides,Sous la brise qui passe‖ ondule avec des rides,Et l’ombre de son corps‖ tremble sur les gazonsTandis que, se courbant‖ aux vagues horizons,Le sommet inégal‖ des collines lointainesSemble un troupeau difforme‖ accroupi dans les plaines !

C’est une nuit tranquille‖ où la nature dort.

Tout à coup ; réveillé‖ par quelque vent plus fort,Le monstre se remue,‖ et roidit, dans la brume,L’effrayante longueur‖ de sa trompe qui fume,Puis son cri large et dur,‖ qui traverse les airs,Se roule, en mugissant,‖ par les vallons déserts !On entend à ce bruit,‖ dans les glaïeuls sauvages,Palpiter mollement‖ les vastes marécages,Où les lézards glacés‖ et les lourds pélicansFont, sous leur ventre épais,‖ sonner l’eau des étangs !Le monstre beugle encor ;‖ soudain battant des ailesMille oiseaux inquiets‖ sortent des buissons frêles :Ils viennent à l’entour,‖ par le somme engourdis,Heurter leur vol aveugle‖ à ses flancs arrondis ;Tout se lève à la fois‖ dans les clairières sombres,Et, sur le bord du ciel,‖ passant comme des ombres,Là-bas des cerfs géants,‖ aux bois démesurés,Dans le brouillard douteux‖ bondissent effarés !…

Voilà que s’éveillant,‖ sous les étoiles pâles,L’horizon montueux‖ tremble par intervalles !Et les mornes coteaux,‖ de leur base arrachés,Se suivent lentement‖ parmi les joncs penchés !…La plaine, sous leur poids,‖ s’ébranle tout entière ;On dirait des pieds lourds‖ qui marchent sur la terre,Et qui frappent ensemble‖ à coups multipliés…L’eau jaillit des marais,‖ et les bambous, pliésComme sous un grand vent,‖ craquent par les campagnes !Elle vient ! elle vient !‖ là troupe des montagnes !…Et dans les longs détours‖ du sombre défilé,Chaque cime est vivante !‖ et les monts ont beuglé !

V

O mondes disparus !‖ ô siècles ! ô ruines !…Comme le voyageur‖ au versant des collinesS’arrête, et voit sous lui‖ s’allonger à la foisLes vallons frémissants,‖ les fleuves et les bois…Science universelle !‖ immuable pensée,A vos plus fiers sommets‖ mon âme s’est bercée !Et, cherchant du passé‖ les chemins inconnus,Sur vos rochers glissants‖ j’ai posé mes pieds nus !J’ai vu, j’ai vu sous moi,‖ comme une mer qui passe,La vie, aux mille bonds,‖ se rouler dans l’espace,Et, ruisselant encor‖ des baisers maternels,Tous les mondes sortir‖ de ses flots éternels !Au choc des océans,‖ aux éclats du tonnerre,L’être tumultueux‖ étreignait la matière,Tandis que, partageant‖ les générations,Les déluges tombaient‖ sur les créations !

Toute forme s’en va,‖ rien ne périt, les chosesSont comme un sable mou,‖ sous le reflux des causes !La matière mobile,‖ en proie au changement,Dans l’espace infini‖ flotte éternellement.La mort est un sommeil,‖ où, par des lois profondes,L’être jaillit plus beau‖ du fumier des vieux mondes !Tout monte ainsi, tout marche‖ au but mystérieux,Et ce néant d’un jour,‖ qui s’étale à nos yeux,N’est que la chrysalide,‖ aux invisibles trames,D’où sortiront demain‖ les ailes et les âmes !Comme un germe fatal‖ par la vague apporté,Au bord des grandes eaux‖ quand l’homme fut jeté,Il roula, vagissant,‖ sur la plage inconnue.La pluie aux flots glacés‖ inondait sa peau nue,Et la foudre sonore,‖ en passant dans les airs,Frappait son large front‖ de ses rouges éclairs !Les fleuves gémissaient‖ dans les vastes campagnes,Les animaux hurlaient‖ au sommet des montagnes ;Parfois, le ciel immense,‖ éteignant son flambeau,Sur son sein haletant‖ pesait comme un tombeau,Et, tout autour de lui,‖ tels que des geôliers sombres,Les éléments grondaient‖ dans le gouffre des ombres,Tandis qu’à l’horizon‖ noir et silencieux,Des astres palpitants‖ s’ouvraient comme des yeux !Il se traîna d’abord,‖ sous les forêts désertes,Dont les dômes flottaient‖ comme des tentes vertes ;Puis, quand la faim première‖ aboya dans ses flancs,De l’yeuse sauvage‖ il secoua les glands ;Arrachant aux bambous‖ la liane en spirales,Il serra sous ses pieds‖ l’écorce des sandales ;Et, pour tout vêtement,‖ sur son dos large et fortAttacha des grands bœufs‖ la peau fumante encor !Il s’étendait, la nuit,‖ sous les cavernes creuses ;Là, durant le frisson‖ des heures ténébreuses,Peuplant de son effroi‖ l’immensité des cieux,Dans le bois et la pierre‖ il se tailla des dieux,Fit couler sur leur corps‖ la graisse des génisses,Et, tout noircis déjà‖ du feu des sacrifices,Les prit pour compagnons‖ de ses rudes travaux,Quand sur le flanc des monts‖ il poussa ses troupeaux !Longtemps, pasteur nomade,‖ il marcha par le monde,Déployant au soleil‖ sa maison vagabonde,Tandis qu’à ses côtés‖ les chameaux, à genoux,Dans la citerne fraîche‖ allongeaient leur col roux !Lorsque la nuit bleuâtre‖ avait tendu ses voiles,Il suivait, par les cieux,‖ le troupeau des étoiles,Et, dans sa langue étrange,‖ aux sons rauques encor,Du nom de ses béliers‖ nommait les astres, d’or !…Parfois, au bruit lointain‖ des ondes cadencées,Sentant battre en son cœur‖ l’aile de ses pensées,Il allait éveillant,‖ sous son souffle amoureux,La musique endormie‖ au fond des roseaux creux !Il se penchait, parfois,‖ sur la berge des rives,Rayant le sable fin‖ de lignes fugitivesEt la vague, et les vents,‖ emportaient par lambeauxL’écriture mêlée‖ aux traces des oiseaux !

Un jour, il s’arrêta,‖ secouant sur le mondeLa poudre et la sueur‖ de sa course inféconde,Et, dans la liberté‖ de son droit souverain,Bâtit sa tente en marbre‖ et ses dieux en airain !Il fit monter ainsi,‖ jusqu’aux régions pures,Le formidable orgueil‖ de ses architectures,Et les astres, passant‖ sous les chapiteaux lourds,Comme de blancs oiseaux‖ planaient au front des tours !La cité, fourmillante‖ et de tumulte pleine,Enferma dans son mur‖ la montagne et la plaine ;Comme un serpent captif,‖ le fleuve aux mille bondsSe tordit écumeux‖ sous l’arche des grands ponts,Et les larges vaisseaux,‖ fendant les flots rebelles,S’échappèrent du port‖ en déployant leurs ailes !…Il partit avec eux,‖ par la brise emporté ;Seul, perdu dans la brume‖ et dans l’immensité,Il visita les mers‖ en prestiges fécondes,Les îlots merveilleux‖ qui flottent sur les ondes,La sirène chanteuse,‖ et les monstres marinsDont les naseaux bruyants‖ sont hérissés de crins !

Il entendit alors‖ dans sa force superbeHennir les passions,‖ comme un troupeau dans l’herbe,Et son cœur qui palpite,‖ enflé de sang vermeil,Sentit descendre en lui‖ les flammes du soleil !Il aima les tambours,‖ les clairons, les cymbales,La bataille emportée‖ au dos blanc des cavales,L’assaut qui monte aux murs‖ avec ses doigts sanglants,Les peuples écrasés‖ sous les palais croulants,Et la mêlée ardente,‖ aux étreintes si fortesQue la terre oscilla‖ sous le pied des cohortes,Et que l’explosion‖ de l’humaine fureurDes vastes océans‖ étouffa la clameur !…

Le monde était vaincu,‖ le ciel restait encore :Comme le bûcheron,‖ dans la forêt sonore,Fait rouler à ses pieds‖ les chênes monstrueux,Une hache à la main,‖ l’homme émonda ses dieux !L’idole, chancelant‖ sous les secousses fortes,Vit crouler ses bras lourds‖ tels que des branches mortes,Et ses dents de granit,‖ rouges de sang humain,Comme des glands tombés‖ jonchèrent le chemin.La peur aux yeux béants,‖ pâle fille des ombres,S’échappa, pour toujours,‖ des sanctuaires sombres,Et l’homme, offrant son culte‖ aux molles voluptés,Se refléta lui-même‖ en ses divinités !Ce fut le temps heureux‖ des blanches colonnades,Quand sonnait, sur les monts,‖ révolte des ménades,Et que l’artiste grec,‖ sous son marteau pieux,Du marbre étincelant‖ faisait jaillir des dieux !Toute religion,‖ soumise et désarmée,Fut dans la grâce humaine‖ à jamais enfermée,Et le poëte, ému‖ par les rhythmes divers,Fit un Olympe entier‖ du trop plein de ses vers !Mais ces divinités‖ que la raison assiège,Fondirent sur l’autel‖ comme des blocs de neige,Ne laissant après soi,‖ parmi les nations,Que la froideur du dogme‖ et des abstractions.Bientôt, désabusé‖ des antiques sagesses,L’homme endormit son âme‖ au roulis des ivresses,Et, sur des couches d’or,‖ parmi les bateleurs,Fit trôner son ennui‖ tout couronné de fleurs !Formidables festins,‖ où les peuples esclavesEn cadence funèbre‖ agitaient leurs entraves,Quand la prostituée,‖ une patère aux doigts,Buvait les pleurs du monde‖ à la table des rois !Les grands cirques lointains,‖ où beuglaient les chairs vives,Envoyaient des clameurs‖ jusqu’au lit des convives,Et, mêlée aux parfums‖ du banquet frémissant,Parfois comme un vent chaud‖ passait l’odeur du sang !

C’est alors que, penché‖ sur sa débauche sale,L’homme vomit son âme‖ aux pavés de la salle,Et dans les passions‖ se vautra sans pudeur,Comme débarrassé‖ du fardeau de son cœur !La pâle humanité,‖ dans sa stupeur immondeSans courage et sans foi,‖ s’accroupit sur le monde,Étalant au soleil‖ toutes ses nudités,Telle qu’un lépreux maigre‖ aux portes des cités !L’espoir était tombé‖ dans les cœurs en ruines,Les sages impuissants‖ reniaient les doctrines,Et l’univers, fétide‖ ainsi qu’un mauvais lieu,Ne put être lavé‖ que par le sang d’un dieu !

Sous le gibet sacré‖ d’en la lumière tombe,L’homme, tout ébloui,‖ se dressa dans sa tombe,Et, le regard fixé‖ sur les sommets lointains,Traînant comme un linceul‖ sa robe des festins,Il marcha vers le jour !‖ les pierres inégalesMordirent ses pieds blancs‖ à travers ses sandales,Et, du passé profane‖ expiant la douceur,Il sua, comme Dieu,‖ sa sanglante sueur !Il broya sous le fer,‖ il tordit dans les flammesSa chair, humide encor‖ des voluptés infâmes,Et de sa main luisante‖ arrachant les anneaux,Livra ses ongles vifs‖ aux pinces des bourreaux !Pour la première fois,‖ sa pensée agrandieComprit l’enivrement‖ des pleurs, la mélodieDes sanglots éternels,‖ et, comme en un bain fort,Martyr voluptueux,‖ il plongea dans la mort !La mort !… il se pâma‖ dans ses caresses rudes,Sur son grabat d’ermite,‖ au fond des solitudes ;Comme un dernier espoir,‖ il la vit tour à tour,Dans ses rêves la nuit,‖ dans ses pensers le jour,Et, pour hâter le temps‖ des promesses meilleures,Mit dans ses doigts osseux‖ le sablier des heures !

Parfois, de la montagne‖ il descendait pieds nus,Prêchant la loi nouvelle‖ aux peuples inconnus ;Les guerriers s’arrêtaient,‖ au fort de la bataille,Le chef aux longs cheveux‖ courbait sa haute taille,Et, dressé sur le monde,‖ avec ses bras ouverts,L’arbre du grand supplice,‖ abrita l’univers !

On vit naître bientôt,‖ tels qu’une aube affaiblie,Des siècles pleins de brume‖ et de mélancolie,Où seule au fond des cœurs‖ la foi veillait encor,Comme sous les arceaux‖ tremble une lampe d’or !Dans le bourdonnement‖ des longues sonneries,Les peuples enfantins‖ berçaient leurs rêveries,Et, déposant au seuil‖ tout souvenir mortel,Engourdissaient leur âme‖ aux parfums de l’autel !Pareille au jour douteux‖ qui, dans les cathédrales,Tombe des vitraux peints‖ sur le granit des dalles,La blanche Vérité‖ n’arrivait aux espritsQu’à travers la loi sainte‖ et les dogmes écrits,Crépuscule sans fin,‖ baigné d’éclairs mystiques,Où les choses prenaient‖ des formes fantastiques !…Mais l’homme manqua d’air,‖ l’homme étouffa d’ennui.Et, repoussant le dieu‖ qui s’attachait à lui,Du temple à deux battants‖ ouvrit les portes sombres !…Un flot bleu de soleil‖ illumina les ombres,Et, debout sur le seuil,‖ jetant au loin ses yeux,Il but à pleins poumons‖ le vent libre des cieux !Le monde bruissait‖ comme un essaim d’abeilles,L’avenir se levait‖ dans des teintes vermeilles…Il s’élança d’un bond‖ vers les destins nouveaux ;Là, préludant sans peur‖ à ses rudes travaux,Il brisa, pour toujours,‖ les croyances béniesSous le marteau fatal‖ des grandes ironies,Et sa rébellion,‖ comme un vent furieux,Emporta dans l’oubli‖ le dernier de ses dieux !Pareil au noir mineur‖ qui marche sous la terre,L’homme accrocha sa lampe‖ au fond de tout mystère,Et, pour trouver le mot‖ du Fatum souverain,Il fit passer le monde‖ à son creuset d’airain ;Ses fourneaux ou, la nuit,‖ grinçaient des feux sonores,Allumaient tout à coup‖ de lugubres aurores,Tandis qu’on entendait,‖ dans l’ombre des cités,Râler entre ses bras‖ les éléments domptés !Alors, sur ton sein nu‖ posant sa main brutale,Nature, il déchira‖ ta robe virginale !Sentinelle immobile‖ au bord des cieux profonds,Épiant le chemin‖ des astres vagabonds,Du bout de son compas,‖ sur les nocturnes voiles,Comme des papillons‖ il piqua les étoiles !Puis, un jour qu’il rêvait,‖ penché sur les flots verts,Il crut voir dans la brume‖ un second univers ;Et tira, tout joyeux,‖ de la vague fécondeSon filet ruisselant‖ où s’était pris un monde !Chaque heure eut sa conquête‖ et son but glorieux !La foudre le gênait,‖ il l’arracha des cieux !Il en fit la colombe‖ aux messages fidèles,Qui prit ses volontés‖ sous le feu de ses ailes !Le grand fleuve, oublieux‖ des loisirs nonchalants,Tourna sa meule lourde‖ aux rouages sifflants ;Et la flamme rapide,‖ à son char attelée,D’un hennissement clair‖ éveillant la vallée,Plus loin que la montagne‖ et que l’horizon bleu,Dans un nuage épais‖ l’emporta comme un dieu !

L’homme connut sa force,‖ et, secouant ses chaînes,Poussa le cri joyeux‖ des libertés humaines,Sous les débris du temple‖ écrasa les pavois,Et pesant dans sa main‖ la couronne des rois,Sur la poudre du sol‖ que son sang a trempée,Il écrivit ses droits‖ du bout de son épée,Et pour juger sa cause‖ évoqua sans remords,Ainsi qu’un grand sénat,‖ l’ombre des siècles mortsIl fut libre, il fut maître.‖ O misère ! ô démence !Cercle mystérieux‖ qui toujours recommence !Voilà que, maintenant,‖ vieillard au front pâli,Dans la satiété‖ de son œuvre accompli,Ployé sous le fardeau de ses six mille années,Il s’arrête, inquiet,‖ au bord des destinées !…Sa raison l’épouvante‖ et sa croyance a fui !Sous le soleil qui baisse‖ il marche sans appui,Et son âme débile,‖ où l’espérance est morte,Comme un vaisseau perdu‖ flotte au vent qui l’emporte !Seul, le sage est debout,‖ au seuil de sa maison,Et d’un long regard triste‖ il cherche à l’horizon,S’il ne voit pas venir,‖ du côté de la terre,Le dernier ouragan‖ plein du dernier tonnerre !Déjà, sentant le jour‖ de ses convulsions,Le vieux chaos mugit‖ sous les créations ;La nature en travail écume dans sa chaîne,Et le vent inconnu‖ qui souffle de la plaine,Comme ce cri d’adieu‖ que l’Égypte rêva,Passe sur les cités,‖ disant : « L’homme s’en va !… »C’est le commencement‖ de la grande agonie !Mourons ! les temps sont clos‖ et la tâche est finie !

Montez tous à la fois,‖ océans irrités !Astres, détachez-vous‖ des cieux épouvantés !Et vous, formes de l’être,‖ à jamais disparues,Gigantesques débris‖ que heurtaient les charrues,Pressez-vous sous la terre,‖ et dans vos lits poudreuxFaites nous une place,‖ ô frères monstrueux !…

VI

Tout ce qui fut la terre‖ a disparu dans l’onde ;Les grands flots ont roulé‖ sur le sommet des monts,Et le vieux lit des mers,‖ où germe un autre monde,Sous le soleil nouveau‖ sèche ses noirs limons.

Des peuples qui vivaient‖ les clameurs sont éteintes ;Un bruit mystérieux‖ frissonne dans les airs ;L’éternel océan,‖ de ses molles étreintes,Caresse le berceau‖ du naissant univers.Près de la tombe immense‖ où dort la race humaine,Cherchant dans les débris‖ un nid pour ses amours,La nature s’éveille,‖ impassible et sereine,Et le temps sans pitié‖ recommence les jours !

Comme un grand nénufar,‖ le soleil immobileSur les vagues de l’air‖ entr’ouvre sa beauté,Et son calice d’or‖ fait, dans l’azur tranquille,Tomber la transparence‖ et la sérénité.

La lumière, en tous lieux,‖ semble une eau qui circule,Les contours sont noyés‖ dans les rayonnements,Et le jour sans nuage‖ est comme un crépuscule,A force de splendeurs‖ et d’éblouissements.

Sur le monde enivré‖ glisse une haleine chaude ;On dirait qu’on entend,‖ au réveil matinal,Quand les bois font vibrer‖ leurs feuilles d’émeraude,Sonner joyeusement‖ des notes de cristal.L’escarboucle flamboie‖ aux crêtes des collines,De rubis empourprés‖ les vallons sont couverts !La brise, en balayant‖ le sable des ravines,D’or et de diamants‖ poudre les gazons verts.

Le fleuve diaphane,‖ où boivent les gazelles,Comme un souffle subtil‖ effleure les roseaux,Et son lit de topaze,‖ aux blondes étincelles,Semble un feu pétillant‖ qui brûle sous les eaux.

O splendide univers‖ qu’ont rêvé les vieux âges !Le monde a fait un pas,‖ tout ensemble a monté,L’être, comme un oiseau,‖ plus libre dans ses cages,Jette au soleil levant‖ un cri de volupté !…

L’arbre frémit d’amour‖ sous son écorce grise ;La sève a, comme un sang,‖ des battements joyeux ;Et répétant le mot‖ apporté par la brise,Les feuillages émus‖ chuchotent dans les cieux.Des prés, des ruisseaux clairs,‖ des corolles éclosesLes arômes flottants‖ s’échappent à la fois ;Dans les parfums épais‖ monte l’âme des choses,L’air s’emplit de rumeurs‖ et de confuses voix ;

Entr’ouvrant leurs yeux d’or,‖ mille fleurs éveilléesRegardent doucement‖ à travers les buissons,Pendant que les oiseaux,‖ sous les branches mouillées,Pour le maître attendu‖ commencent leurs chansons.

Il vient dans la lumière !‖ il vient dans l’harmonie !A l’horizon lointain‖ sa grande ombre a passé !Et, le sentant venir,‖ la terre rajeunieTremble comme la vierge‖ au bruit du fiancé !

Il bondit sur les monts,‖ tel qu’un chamois rapide,Il nage dans l’azur,‖ aux grands aigles mêlé,Il marche au fond du fleuve,‖ et sa forme splendideLuit à travers les flots‖ comme un ciel étoilé.Son front calme est pareil‖ à la mer sans tempête ;Un son mélodieux‖ de ses lèvres a fui,Et, comme la crinière‖ ardente des comètes,Ses cheveux flamboyants‖ traînent derrière lui.

Sur ton aile, ô désir,‖ il franchit la distance ;Un regard de ses yeux‖ perce l’immensité ;Il a l’instinct sublime‖ et la sagesse immense,Sa force est dans sa grâce‖ et dans sa volonté.

A l’être universel‖ il va trempant sa vie !Ses sens multipliés‖ font son esprit meilleur,Et le débordement‖ de son âme ravieRetourne, en flots d’amour,‖ au monde extérieur.

O terre, il a compris‖ tes clameurs éternelles,Il sait quels mots profonds‖ tu caches ici-bas,Sous ce langage obscur‖ des choses naturellesQu’avec ses sens grossiers‖ l’homme n’entendait pas.Il marche, comme un roi,‖ par les belles campagnes,Montre aux daims haletants‖ les ruisseaux écartés,Fait un signe à l’abeille,‖ ou va sur les montagnesCalmer le grand combat‖ des lions irrités.

Il a pour compagnons‖ des animaux superbesQui, sur les sables fins,‖ suivent ses pas aimés,Et la petite fleur‖ se hausse dans les herbes,Pour lui dire en passant‖ ses rêves embaumés.

Le monde est son ami,‖ n’étant pas son esclave ;Des éléments jaloux‖ la colère s’endort ;Sur le cratère obscur‖ où glapissait la lave,Des essaims bourdonnants‖ tournent en cercles d’or.

Les troupeaux, répandus‖ dans les grands pâturagesDu maître inassouvi,‖ ne craignent plus la faim ;Seul le souffle du soir,‖ agitant les feuillages,Fait tomber les fruits mûrs‖ aux gazons du chemin.De lumière et d’amour‖ la vie est altérée :Joyeuse, elle s’assoit‖ à son banquet vermeil,Et dans le bleu saphir‖ de la coupe éthéréeBoit, comme un miel divin,‖ les rayons du soleil.

Salut ! être nouveau !‖ génie ! intelligence !Forme supérieure,‖ où le Dieu peut tenir !Anneau mystérieux‖ de cette chaîne immenseQui va du monde antique‖ aux siècles a venir.

A toi les grands secrets‖ qui, dans l’ombre et le vide,Échappaient, comme un rêve,‖ à l’homme épouvanté.A toi les doux pensers‖ glissant au front limpide,Comme des cygnes blancs‖ sur un lac argenté.

A toi les bois touffus,‖ les coteaux, les vallées,Et tout ce qu’on regrette‖ avec de vains efforts,Lorsque le souvenir‖ des heures écoulées,A travers les tombeaux,‖ filtre au cœur froid des morts.Ce n’est pas le vent seul,‖ quand montent les marées,Qui se lamente ainsi‖ dans les goëmons verts…C’est l’éternel sanglot‖ des races éplorées !C’est la plainte de l’homme‖ englouti sous les mers !

Écoute ces clameurs‖ de l’océan sans bornesQui raconte à la nuit‖ ses épouvantements ;Tu frémiras un jour,‖ quand, sur les grèves mornes,La vague apportera‖ nos pâles ossements.

Ces débris ont vécu‖ dans la lumière blonde.Avant toi, sur la terre,‖ ils ont marqué leurs pas.Contemple avec effroi‖ ce qui reste d’un monde,Et d’un pied dédaigneux‖ ne les repousse pas !

C’était le peuple ardent,‖ la race écheveléeQui lançait son désir‖ à l’assaut de tes droits.Pour atteindre d’avance‖ à ta sphère étoilée,Nos cœurs impatients‖ brisaient nos corps étroits.Nous les voulions aussi,‖ tes destins magnifiques !Pour loger ton bonheur,‖ ô frère glorieux,Le penseur a bâti‖ des cités pacifiques,Le poëte a rêvé‖ des îlots merveilleux.

Ils allaient réveillant‖ les âmes assoupies,Ils montraient de la main‖ l’horizon souhaité,Et sous le manteau d’or‖ des saintes utopiesLe monde à son déclin‖ couvrait sa nudité !

Ils ont bu la ciguë‖ et vidé les calices,Sur le gibet infâme‖ on a cloué leurs chairs ;Mais ils te souriaient‖ au milieu des supplices,Et sont morts l’œil fixé‖ sur ton calme univers !

Ne les méprise pas !‖ les destins inflexiblesOnt posé la limite‖ à tes pas mesurés :Vers le rayonnement‖ des choses impossiblesTu tendras, comme nous,‖ des bras désespérés.Ne les méprise pas !‖ tu connaîtras toi-même,Sous ce soleil plus large‖ étalé dans tes cieux,Ce qu’il faut de douleur‖ pour crier un blasphème,Et ce qu’il faut d’amour‖ pour pardonner aux dieux !

Tu n’es pas le dernier !‖ d’autres viennent encoreQui te succéderont‖ dans l’immense avenir !Toujours, sur les tombeaux,‖ se lèvera l’aurore,Jusqu’au temps inconnu‖ qui ne doit pas finir.

Et quand tu tomberas‖ sous le poids des années,L’être renouvelé‖ par l’implacable loi,Prêt il partir lui-même‖ au vent des destinées,Se dressera plus fort‖ et plus brillant que toi !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
314[aa] 37[abab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a monde / l’onde féminine, classiquea lentement / firmament masculine, classiquea inégale / pâle féminine, classiquea cieux / bleus masculine, classiquea difformes / énormes féminine, classiquea dépouillé / rouillé masculine, classiquea nue / l’étendue féminine, classiquea éteints / lointains masculine, classiquea sombres / ombres féminine, classiquea voyageant / d’argent masculine, classiquea immense / silence féminine, classiquea amer / vert masculine, non classiquea spirale / s’étale féminine, classiquea clair / mer masculine, classiquea grèves / sèves féminine, classiquea dur / l’azur masculine, classiquea prêles / frêles féminine, classiquea touffus / confus masculine, classiquea nature / verdure féminine, classiquea coteaux / rameaux masculine, classiquea campagnes / montagnes féminine, classiquea échevelés / déroulés masculine, classiquea l’espace / grasse féminine, classiquea inconnus / charnus masculine, classiquea fume / brume féminine, classiquea moment / tressaillement masculine, classiquea voûtes / gouttes féminine, classiquea fond / profond masculine, classiquea entr’ouvertes / vertes féminine, classiquea airs / mers masculine, classiquea étendues / nues féminine, classiquea sanglots / flots masculine, classiquea l’onde / monde féminine, classiquea salés / étoilés masculine, classiquea voraces / carapaces féminine, classiquea eux / creux masculine, classiquea mêlée / refoulée féminine, classiquea noir / voir masculine, classiquea humides / livides féminine, classiquea verts / airs masculine, classiquea rivages / coquillages féminine, classiquea écaillés / mouillés masculine, classiquea énorme / difforme féminine, classiquea dilatés / immensités masculine, classiquea fortes / mortes féminine, classiquea amer / mer masculine, classiquea démesurées / serrées féminine, classiquea mugissement / firmament masculine, classiquea attitudes / solitudes féminine, classiquea soucieux / cieux masculine, classiquea désertes / vertes féminine, classiquea coquillages / rivages féminine, classiquea îlots / flots masculine, classiquea répandues / tortues féminine, classiquea dents / pendants masculine, classiquea isolée / amoncelée féminine, classiquea égaux / coteaux masculine, classiquea douces / mousses féminine, classiquea feux / cieux masculine, classiquea profondes / ondes féminine, classiquea encor / bord masculine, non classiquea surprises / grises féminine, classiquea flots / îlots masculine, classiquea diaprées / pourprées féminine, classiquea rampant / serpent masculine, classiquea ondes / blondes féminine, classiquea effort / encor masculine, non classiquea rivage / feuillage féminine, classiquea s’allongeant / d’argent masculine, classiquea tortues / pointues féminine, classiquea vermeil / soleil masculine, classiquea s’élève / grèves féminine, non classiquea obscur / pur masculine, classiquea intervalle / s’étale féminine, classiquea coteaux / animaux masculine, classiquea fauves / chauves féminine, classiquea museau / oiseau masculine, classiquea envolés / salés masculine, classiquea noires / promontoires féminine, classiquea pendants / ardents masculine, classiquea d’écaille / bataille féminine, classiquea mers / airs masculine, classiquea apportées / irritées féminine, classiquea roseaux / naseaux masculine, classiquea s’élance / commence féminine, classiquea glapissements / moments masculine, classiquea dures / murmures féminine, classiquea entouré / effaré masculine, classiquea avance / immense féminine, classiquea élans / flancs masculine, classiquea liane / diaphane féminine, classiquea furieux / cieux masculine, classiquea nues / étendues féminine, classiquea dessous / mous masculine, classiquea enrouées / remuées féminine, classiquea l’air / clair masculine, classiquea d’orage / passage féminine, classiquea sablonneux / cieux masculine, classiquea tortueux / tumultueux masculine, classiquea serrées / acérées féminine, classiquea chair / ouvert masculine, non classiquea multitude / rude féminine, classiquea sifflement / écumant masculine, classiquea bercées / dressées féminine, classiquea bord / encor masculine, non classiquea étincelles / ailes féminine, classiquea croassant / s’élargissant masculine, classiquea rayonne / bourgeonne féminine, classiquea moments / bourdonnements masculine, classiquea nouvelles / ailes féminine, classiquea joyeux / lieux masculine, classiquea formes / énormes féminine, classiquea beauté / sérénité masculine, classiquea n’incline / colline féminine, classiquea carmin / chemin masculine, classiquea sauvage / orage féminine, classiquea monté / nudité masculine, classiquea roses / écloses féminine, classiquea tortueux / monstrueux masculine, classiquea ouvertes / vertes féminine, classiquea fuit / bruit masculine, classiquea toiles / étoiles féminine, classiquea réseaux / oiseaux masculine, classiquea argentées / dilatées féminine, classiquea troupeaux / coteaux masculine, classiquea cônes / jaunes féminine, classiquea champignons / caméléons masculine, classiquea cellules / libellules féminine, classiquea essor / d’or masculine, classiquea facettes / paillettes féminine, classiquea sombre / nombre féminine, classiquea s’appelant / étincelant masculine, classiquea ailes / éternelles féminine, classiquea éclair / vert masculine, non classiquea gonflées / roulées féminine, classiquea joyeux / bleus masculine, classiquea frémissent / s’unissent féminine, classiquea moment / lentement masculine, classiquea superbes / herbes féminine, classiquea cieux / silencieux masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiquea lointain / soudain masculine, classiquea lourdes / sourdes féminine, classiquea nage / nuage féminine, classiquea blancs / vacillants masculine, classiquea promontoires / noires féminine, classiquea dévoilerait / apparaît masculine, classiquea courses / sources féminine, classiquea joncs / plongeons masculine, classiquea énorme / forme féminine, classiquea toujours / lourds masculine, classiquea côtés / argentés masculine, classiquea d’ivoire / noire féminine, classiquea avant / vent masculine, classiquea humides / rides féminine, classiquea gazons / horizons masculine, classiquea lointaines / plaines féminine, classiquea dort / fort masculine, classiquea brume / fume féminine, classiquea airs / déserts masculine, classiquea sauvages / marécages féminine, classiquea pélicans / étangs masculine, classiquea ailes / frêles féminine, classiquea engourdis / arrondis masculine, classiquea démesurés / effarés masculine, classiquea pâles / intervalles féminine, classiquea arrachés / penchés masculine, classiquea entière / terre féminine, classiquea multipliés / pliés masculine, classiquea défilé / beuglé masculine, classiquea ruines / collines féminine, classiquea fois / bois masculine, classiquea pensée / bercée féminine, classiquea inconnus / nus masculine, classiquea passe / l’espace féminine, classiquea maternels / éternels masculine, classiquea tonnerre / matière féminine, classiquea générations / créations masculine, classiquea choses / causes féminine, classiquea changement / éternellement masculine, classiquea profondes / mondes féminine, classiquea mystérieux / yeux masculine, classiquea trames / âmes féminine, classiquea apporté / jeté masculine, classiquea inconnue / nue féminine, classiquea airs / éclairs masculine, classiquea flambeau / tombeau masculine, classiquea silencieux / yeux masculine, classiquea flancs / glands masculine, classiquea spirales / sandales féminine, classiquea fort / encor masculine, non classiquea creuses / ténébreuses féminine, classiquea cieux / dieux masculine, classiquea génisses / sacrifices féminine, classiquea travaux / troupeaux masculine, classiquea monde / vagabonde féminine, classiquea genoux / roux masculine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiquea encor / d’or masculine, classiquea cadencées / pensées féminine, classiquea amoureux / creux masculine, classiquea rives / fugitives féminine, classiquea lambeaux / oiseaux masculine, classiquea monde / inféconde féminine, classiquea souverain / airain masculine, classiquea pures / architectures féminine, classiquea lourds / tours masculine, classiquea pleine / plaine féminine, classiquea bonds / ponts masculine, classiquea rebelles / ailes féminine, classiquea emporté / l’immensité masculine, classiquea fécondes / ondes féminine, classiquea marins / crins masculine, classiquea superbe / l’herbe féminine, classiquea cymbales / cavales féminine, classiquea sanglants / croulants masculine, classiquea fortes / cohortes féminine, classiquea fureur / clameur masculine, classiquea encore / sonore féminine, classiquea monstrueux / dieux masculine, classiquea humain / chemin masculine, classiquea ombres / sombres féminine, classiquea voluptés / divinités masculine, classiquea colonnades / ménades féminine, classiquea pieux / dieux masculine, classiquea désarmée / enfermée féminine, classiquea divers / vers masculine, classiquea assiège / neige féminine, classiquea nations / abstractions masculine, classiquea sagesses / ivresses féminine, classiquea bateleurs / fleurs masculine, classiquea esclaves / entraves féminine, classiquea doigts / rois masculine, classiquea vives / convives féminine, classiquea frémissant / sang masculine, non classiquea sale / salle féminine, classiquea pudeur / cœur masculine, classiquea immonde / monde féminine, classiquea nudités / cités masculine, classiquea ruines / doctrines féminine, classiquea lieu / dieu masculine, classiquea tombe féminine, classiquea lointains / festins masculine, classiquea inégales / sandales féminine, classiquea douceur / sueur masculine, classiquea flammes / infâmes féminine, classiquea anneaux / bourreaux masculine, classiquea agrandie / mélodie féminine, classiquea fort / mort masculine, classiquea rudes / solitudes féminine, classiquea tour / jour masculine, classiquea meilleures / heures féminine, classiquea nus / inconnus masculine, classiquea bataille / taille féminine, classiquea ouverts / l’univers masculine, classiquea affaiblie / mélancolie féminine, classiquea sonneries / rêveries féminine, classiquea mortel / l’autel masculine, classiquea cathédrales / dalles féminine, classiquea esprits / écrits masculine, classiquea mystiques / fantastiques féminine, classiquea d’ennui / lui masculine, classiquea yeux / cieux masculine, classiquea d’abeilles / vermeilles féminine, classiquea nouveaux / travaux masculine, classiquea bénies / ironies féminine, classiquea furieux / dieux masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiquea souverain / d’airain masculine, classiquea sonores / aurores féminine, classiquea cités / domptés masculine, classiquea brutale / virginale féminine, classiquea profonds / vagabonds masculine, classiquea verts / univers masculine, classiquea féconde / monde féminine, classiquea glorieux / cieux masculine, classiquea fidèles / ailes féminine, classiquea nonchalants / sifflants masculine, classiquea attelée / vallée féminine, classiquea bleu / dieu masculine, classiquea chaînes / humaines féminine, classiquea pavois / rois masculine, classiquea trempée / épée féminine, classiquea remords / morts masculine, classiquea démence / recommence féminine, classiquea pâli / accompli masculine, classiquea années / destinées féminine, classiquea fui / appui masculine, classiquea morte / l’emporte féminine, classiquea maison / l’horizon masculine, classiquea terre / tonnerre féminine, classiquea convulsions / créations masculine, classiquea chaîne / plaine féminine, classiquea rêva / va masculine, classiquea agonie / finie féminine, classiquea irrités / épouvantés masculine, classiquea disparues / charrues féminine, classiquea poudreux / monstrueux masculine, classiqueb monts / limons masculine, classiquea éteintes / étreintes féminine, classiqueb airs / univers masculine, classiquea humaine / sereine féminine, classiqueb amours / jours masculine, classiquea immobile / tranquille féminine, classiquea circule / crépuscule féminine, classiqueb rayonnements / d’éblouissements masculine, classiquea chaude / d’émeraude féminine, classiqueb matinal / cristal masculine, classiquea collines / ravines féminine, classiqueb couverts / verts masculine, classiquea gazelles / étincelles féminine, classiqueb roseaux / eaux masculine, classiquea âges / cages féminine, classiqueb monté / volupté masculine, classiquea grise / brise féminine, classiqueb joyeux / cieux masculine, classiquea écloses / choses féminine, classiqueb fois / voix masculine, classiquea éveillées / mouillées féminine, classiqueb buissons / chansons masculine, classiquea l’harmonie / rajeunie féminine, classiqueb passé / fiancé masculine, classiquea rapide / splendide féminine, classiqueb mêlé / étoilé masculine, classiquea tempête / comètes féminine, non classiqueb fui / lui masculine, classiquea distance / immense féminine, classiqueb l’immensité / volonté masculine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb meilleur / extérieur masculine, classiquea éternelles / naturelles féminine, classiqueb ici-bas / pas masculine, classiqueb écartés / irrités masculine, classiqueb aimés / embaumés masculine, classiquea esclave / lave féminine, classiqueb s’endort / d’or masculine, non classiquea pâturages / feuillages féminine, classiqueb faim / chemin masculine, classiquea altérée / éthérée féminine, classiquea intelligence / immense féminine, classiqueb tenir / venir masculine, classiquea vide / limpide féminine, classiqueb épouvanté / argenté masculine, classiquea vallées / écoulées féminine, classiqueb efforts / morts masculine, classiquea marées / éplorées féminine, classiqueb verts / mers masculine, classiquea bornes / mornes féminine, classiqueb épouvantements / ossements masculine, classiquea blonde / monde féminine, classiqueb pas masculine, classiquea échevelée / étoilée féminine, classiqueb droits / étroits masculine, classiquea magnifiques / pacifiques féminine, classiqueb glorieux / merveilleux masculine, classiquea assoupies / utopies féminine, classiqueb souhaité / nudité masculine, classiquea calices / supplices féminine, classiqueb chairs / univers masculine, classiquea inflexibles / impossibles féminine, classiqueb mesurés / désespérés masculine, classiquea toi-même / blasphème féminine, classiquea encore / l’aurore féminine, classiqueb avenir / finir masculine, classiqueb loi / toi masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

776 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies. festons et astragales, Paris, LIBRAIRIE NOUVELLE, 1859· numérisation gallica.bnf.fr· Sources