Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Marie, 1831

À ma mère

Auguste Brizeux· distiques, alexandrins, 50 vers

Si je ne t’aimais pas,‖ qui donc pourrais-je aimer ?Quand ton cœur au mien seul‖ semble se ranimer,Lorsque dans tout le jour‖ peut-être il n’est point d’heureQue ta pensée aimante‖ autour de ma demeureNe vienne, redoutant‖ mille lointains périlsEt des chagrins sans nombre‖ et dont souffre ton fils !Et quel est ton bonheur,‖ sinon avec ta mère,Mon autre mère aussi‖ (car le destin sévère,Sous lequel je me traîne‖ et m’agite aujourd’hui,Du moins me réservait‖ en vous un double appui),Toutes deux en secret‖ quel bonheur est le vôtre,Sinon de me pleurer,‖ et toujours l’une à l’autreDe parler de celui‖ que vous ne pouvez voir,D’une lettre en retard‖ qu’on eût dû recevoir,Qui vous arrive enfin,‖ mais rouvre vos alarmes,Et que vous arrosez,‖ comme moi, de vos larmes ?Et vous vous consultez ;‖ et tu m’écris alorsPour forcer ma paresse‖ à de nouveaux efforts :C’est mon sort, c’est le tien ;‖ au besoin tu m’en pries ;Et qu’il faut triompher‖ de ces sauvageries,De ces fières humeurs,‖ de ces hauteurs de tonQue me transmit mon père‖ avec le sang breton ;Puis viennent de ces riens,‖ de ces mots, de ces choses,Que toute femme trouve,‖ en écrivant, écloses,Qu’on baise avec transport,‖ et qu’on relit tout bas !Oh ! Qui pourrais-je aimer,‖ si je ne t’aimais pas ?Et malgré tes avis,‖ mes soins de toute sorte,Si ma mauvaise étoile,‖ enfin, est la plus forte,Si je sens par degrés‖ mon âme se flétrirEt se miner mon corps,‖ vers qui donc recourir ?Vers toi, qui toujours douce,‖ et bienveillante et bonne,D’un reproche tardif‖ n’affligerais personne,Dont l’esprit indulgent‖ n’a pas encor vieilli,Dont le front, jeune encore,‖ est demeuré sans pli !Lorsque seule, en hiver,‖ assidue à l’ouvrage,Le soir, tu sentiras‖ défaillir ton courage,Songeant que, sans profit‖ pour mon bien à venir,J’ai quitté la maison‖ pour n’y plus revenir ;Quand ton cœur abîmé‖ dans cette idée amèreSera près de se rompre,‖ alors prends, ô ma mère !Prends ce livre qu’ici‖ j’écrivis plein de toi,Et tu croiras me voir‖ et causer avec moi !Tes conseils, mes regrets,‖ nos communes penséesY sont avec amour‖ et jour par jour tracées.Ce livre est plein de toi ;‖ dans la longueur des nuits,Qu’il vienne, comme un baume,‖ assoupir tes ennuis !Si ton doigt y souligne‖ un mot frais, un mot tendre,De ta bouche riante,‖ enfant j’ai dû l’entendre ;Son miel avec ton lait‖ dans mon âme a coulé ;Ta bouche, à mon berceau,‖ me l’avait révélé.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
25((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a aimer / ranimer masculine, classiqueb d’heure / demeure féminine, classiquea périls / fils masculine, classiqueb mère / sévère féminine, classiquea aujourd’hui / appui masculine, classiqueb vôtre / l’autre féminine, classiquea voir / recevoir masculine, classiqueb alarmes / larmes féminine, classiquea alors / efforts masculine, classiqueb pries / sauvageries féminine, classiquea ton / breton masculine, classiqueb choses / écloses féminine, classiquea bas / pas masculine, classiqueb sorte / forte féminine, classiquea flétrir / recourir masculine, classiqueb bonne / personne féminine, classiquea vieilli / pli masculine, classiqueb l’ouvrage / courage féminine, classiquea venir / revenir masculine, classiqueb amère / mère féminine, classiquea toi / moi masculine, classiqueb pensées / tracées féminine, classiquea nuits / ennuis masculine, classiqueb tendre / l’entendre féminine, classiquea coulé / révélé masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Marie, Garnier,Paris, 1910· numérisation FRANTEXT· Sources