Marie, 1831
Jésus
Il allait faisant le bien.ÉVANG.
I
Christ, après deux mille ans‖ tes temples sont déserts,Et l’on dit que ton nom‖ s’éteint dans l’univers ;Partout dans nos cités‖ ta croix chancelle et tombe ;Quelques vieillards craintifs‖ seuls en ornent leur tombe ;Arbre frappé de mort,‖ le temps pourra venirSans ranimer sa sève‖ et sans la rajeunir.Et pourtant, ô Jésus !‖ L’impie avec audaceNe vient plus comme un juif‖ te cracher à la face ;Mais sa main de ton front‖ tant de fois insultéDétache les rayons‖ de la divinité :À d’autres de guider‖ le monde dans sa course,De frapper le rocher‖ d’où jaillira la source ;À d’autres le flambeau‖ que le génie humainPour éclairer sa nuit‖ passe de main en main !Dans l’oubli de la foi‖ le peuple se repose ;Il use de ses jours‖ sans en chercher la cause,Et s’il voit prospérer‖ son fruit jeune et vermeil,Il bénit son travail‖ ou l’ardeur du soleil.Ainsi, quand, relisant‖ ta merveilleuse histoire,Et domptant notre orgueil,‖ nous essayons de croire,Plus forte la raison‖ nous dit : « détrompez-vous,Jésus fut mon ami,‖ mon ami le plus doux.Mais sous la nuit des temps‖ l’image s’est voilée.Autrefois je l’ai vu‖ venir de Galilée,Ses cheveux sur son front‖ tombant avec candeur,Dans la force de l’âge‖ et toute sa splendeur.Calme et majestueux,‖ sa longue robe blanche,Négligemment liée‖ à son cou qui se penche,Tombait jusqu’à ses pieds,‖ et les plis gracieuxDans le goût d’orient‖ revenaient sur ses yeux.Or, telle de ses yeux‖ était la douce flamme,Qu’à les voir seulement‖ on devinait son âme,Et si douce sa voix,‖ qu’un aveugle eût cru voirSon regard angélique‖ et pur comme un miroir.Tel qu’un sage d’Asie,‖ amoureux des symboles,De sa bouche abondaient‖ de longues paraboles,Des mots mystérieux,‖ sous lesquels il couvraitSa doctrine puisée‖ au lac de Nazareth,Tous préceptes de paix,‖ de douceur, d’indulgence :La tendre humilité,‖ l’horreur de la vengeance,Et le mépris du monde,‖ et l’espoir vers le cielQui prend soin du ciron‖ et de la mouche à mielEt revêt tous les ans‖ les lis de la valléeD’une robe de neige,‖ et qu’ils n’ont pas filée,Plus belle, en vérité,‖ que dans tout son pouvoirLe grand roi Salomon‖ n’en put jamais avoir.Ainsi, compatissant,‖ il allait sur la terre,Faisant fléchir la loi‖ pour la femme adultère,Aux hommes ne parlant‖ que de fraternité,Et sans faste orgueilleux‖ prêchant la pauvreté ;Car chez le pharisien,‖ assis dans une fête,Une femme versa‖ des parfums sur sa tête ;Et, pleine de respect,‖ de tendresse, d’effroi,La foule le suivait,‖ voulant le faire roi ;Et ses moindres discours‖ étaient autant d’oracles ;Et tout Jérusalem‖ répétait ses miracles,Démons chassés, amis‖ rappelés du trépas ;Les sages écoutaient,‖ mais ils ne croyaient pas.Nous, qu’écouter et croire ? »
II
Ô raisonneurs ! Qu’importe ?Nul n’apporta jamais‖ nourriture plus forte ;Si la sagesse est Dieu,‖ nul n’aura reflétéUne plus grande part‖ de la divinité ;Nul n’aura fait jaillir‖ fontaine plus féconde,Où, depuis deux mille ans,‖ sans la tarir, le mondeS’abreuve et puise encore,‖ ignorant aujourd’huiQu’il boit à cette source‖ et qu’elle coule en lui.Laisse tomber tes croix,‖ ô Jésus ! à l’insulte,S’il le faut, abandonne‖ et ton nom et ton culte !Comme un chef de famille‖ à l’heure de sa mort,Voyant ses fils pourvus,‖ avec calme s’endort,Dans ton éternité‖ tu peux t’asseoir tranquille,Car pour l’éternité‖ ta parole est fertile :Ô toi qui de l’amour‖ fis ta première loi,Ô Jésus ! L’univers‖ est à jamais à toi.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 37((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a déserts / l’univers masculine, classiqueb tombe féminine, classiquea venir / rajeunir masculine, classiqueb audace / face féminine, classiquea insulté / divinité masculine, classiqueb course / source féminine, classiquea humain / main masculine, classiqueb repose / cause féminine, classiquea vermeil / soleil masculine, classiqueb histoire / croire féminine, classiquea détrompez-vous / doux masculine, classiqueb voilée / Galilée féminine, classiquea candeur / splendeur masculine, classiqueb blanche / penche féminine, classiquea gracieux / yeux masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classiquea voir / miroir masculine, classiqueb symboles / paraboles féminine, classiquea couvrait / Nazareth masculine, classiqueb d’indulgence / vengeance féminine, classiquea ciel / miel masculine, classiqueb vallée / filée féminine, classiquea pouvoir / avoir masculine, classiqueb terre / adultère féminine, classiquea fraternité / pauvreté masculine, classiqueb fête / tête féminine, classiquea d’effroi / roi masculine, classiqueb d’oracles / miracles féminine, classiquea trépas / pas masculine, classiqueb croire / Qu’importe / forte féminine, classiquea reflété / divinité masculine, classiqueb féconde / monde féminine, classiquea aujourd’hui / lui masculine, classiqueb l’insulte / culte féminine, classiquea mort / s’endort masculine, classiqueb tranquille / fertile féminine, classiquea loi / toi masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
75 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Marie, Garnier,Paris, 1910· numérisation FRANTEXT· Sources