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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Marie, 1831

Le mois d’août

Auguste Brizeux· distiques, alexandrins, 76 vers

Ô mes frères, voici‖ le beau temps des vacances,Le mois d’août, appelé‖ par dix mois d’espérances !De bien loin votre aîné,‖ je ne puis oublierAoût et ses jeux riants ;‖ alors, pauvre écolier,Je veux voir mon pays,‖ notre petit domaine ;Et toujours le mois d’août‖ au logis nous ramène,Tant un cœur qui nourrit‖ un regret insensé,Un cœur tendre s’abuse‖ et vit dans le passé !Voici le beau mois d’août :‖ en courses, camarades !La chasse le matin,‖ et le soir les baignades !Vraiment, pour une année,‖ à peine nos parentsNous ont-ils reconnus :‖ vous si forts et si grands,Moi courbé, moi pensif.‖ — ô changements contraires !La jeunesse vous cherche,‖ elle me fuit, mes frères ;Gaîment vous dépensez‖ vos jours sans les compter,Économe du temps‖ je voudrais l’arrêter. —Mais aux pierres du quai‖ déjà la mer est haute :Toi, mon plus jeune frère,‖ allons ! Gagnons la côte ;En chemin par les blés‖ tu liras tes leçons,Ou bien tu cueilleras‖ des mûres aux buissons.Hâtons-nous ! Le soleil‖ nous brûle sur ces roches !Ne sens-tu pas d’ici‖ les vagues toutes proches ?Et la mer ! L’entends-tu ?‖ Vois-tu tous ces pêcheurs ?N’entends-tu pas les cris‖ et les bras des nageurs ?Ah ! Rendez-moi la mer‖ et les bruits du rivage :C’est là que s’éveilla‖ mon enfance sauvage ;Dans ces flots, orageux‖ comme mon avenir,Se reflètent ma vie‖ et tout mon souvenir !La mer ! J’aime la mer‖ mugissante et houleuse,Ou, comme en un bassin‖ une liqueur huileuse,La mer calme et d’argent !‖ Sur ses flancs écumeuxQuel plaisir de descendre‖ et de bondir comme eux,Ou, mollement bercé,‖ retenant son haleine,De céder comme une algue‖ au flux qui vous entraîne !Alors on ne voit plus‖ que l’onde et que les cieux,Les nuages dorés‖ passant silencieux,Et les oiseaux de mer,‖ tous allongeant la têteEt jetant un cri sourd‖ en signe de tempête…Ô mer, dans ton repos,‖ dans tes bruits, dans ton air,Comme un amant, je t’aime !‖ Et te salue, ô mer !

Assez, assez nager !‖ L’ombre vient, la mer tremble ;Contre les flots, mon frère,‖ assez lutter ensemble !Retrempés dans leur sel,‖ assouplis et nerveux,Partons ! Le vent du soir‖ séchera nos cheveux.

Quelle joie en rentrant,‖ mais calme et sans délire,Quand, debout sur la porte‖ et tâchant de sourire,Une mère inquiète‖ est là qui vous attend,Vous baise sur le front,‖ et pour vous à l’instantPresse les serviteurs,‖ quand le foyer pétille,Et que nul n’est absent‖ du repas de famille !Monotone la veille,‖ et vide, la maisonS’anime : un rayon d’or‖ luit sur chaque cloison ;Le couvert s’élargit ;‖ comme des fruits d’automne,D’enfants beaux et vermeils‖ la table se couronne ;Et puis mille babils,‖ mille gais entretiens,Un fou rire, et souvent‖ de longs pleurs pour des riens.Mais plus tard, lorsqu’on touche‖ aux soirs gris de septembre,En cercle réunis‖ dans la plus grande chambre,C’est alors qu’il est doux‖ de veiller au foyer !On roule près du feu‖ la table de noyer,On s’assied ; chacun prend‖ son cahier, son volume !Grand silence ! On n’entend‖ que le bruit de la plume,Le feuillet qui se tourne,‖ ou le châtaignier vertQui craque, et l’on se croit‖ au milieu de l’hiver.Les yeux sur ses enfants,‖ et rêveuse, la mèreSur leur sort à venir‖ invente une chimère,Songe à l’époux absent‖ depuis la fin du jour,Et prend garde que rien‖ ne manque à son retour.

L’aïeule cependant‖ sur sa chaise se penche,Et devant le seigneur‖ courbe sa tête blanche.

Écoutez-la, seigneur,‖ et pour elle, et pour nous !Cette femme, ô mon dieu,‖ qui vous prie à genoux,Ne la repoussez pas !‖ Soixante ans à la gêne,Et toujours courageuse,‖ elle a porté sa chaîne :Une heure de repos‖ avant le grand sommeil !Avant le jour sans fin,‖ quelques jours au soleil !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
38((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
5 distiques
Mots à la rime
a vacances / d’espérances féminine, classiqueb oublier / écolier masculine, classiquea domaine / ramène féminine, classiqueb insensé / passé masculine, classiquea camarades / baignades féminine, classiqueb parents / grands masculine, classiquea contraires / frères féminine, classiqueb compter / l’arrêter masculine, classiquea haute / côte féminine, classiqueb leçons / buissons masculine, classiquea roches / proches féminine, classiqueb pêcheurs / nageurs masculine, classiquea rivage / sauvage féminine, classiqueb avenir / souvenir masculine, classiquea houleuse / huileuse féminine, classiqueb écumeux / eux masculine, classiquea haleine / entraîne féminine, classiqueb cieux / silencieux masculine, classiquea tête / tempête féminine, classiqueb air / mer masculine, classiquea tremble / ensemble féminine, classiqueb nerveux / cheveux masculine, classiquea délire / sourire féminine, classiqueb attend / l’instant masculine, classiquea pétille / famille féminine, classiqueb maison / cloison masculine, classiquea d’automne / couronne féminine, classiqueb entretiens / riens masculine, classiquea septembre / chambre féminine, classiqueb foyer / noyer masculine, classiquea volume / plume féminine, classiqueb vert / l’hiver masculine, non classiquea mère / chimère féminine, classiqueb jour / retour masculine, classiquea penche / blanche féminine, classiqueb nous / genoux masculine, classiquea gêne / chaîne féminine, classiqueb sommeil / soleil masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Marie, Garnier,Paris, 1910· numérisation FRANTEXT· Sources