Marie, 1831
Marie (6)
Du bois de Ker-Mélô‖ jusqu’au moulin de Teir,J’ai passé tout le jour‖ sur le bord de la mer,Respirant sous les pins‖ leur odeur de résine,Poussant devant mes pieds‖ leur feuille lisse et fine,Et d’instants en instants,‖ par-dessus Saint-Michel,Lorsque éclatait le bruit‖ de la barre d’Enn-Tell,M’arrêtant pour entendre ;‖ au milieu des bruyères,Carnac m’apparaissait‖ avec toutes ses pierres,Et parmi les men-hîr‖ erraient comme autrefoisLes vieux guerriers des clans,‖ leurs prêtres et leurs rois.Puis, je marchais encore‖ au hasard et sans règle.C’est ainsi que, faisant‖ le tour d’un champ de seigle,Je trouvai deux enfants‖ couchés au pied d’un houx,Deux enfants qui jouaient,‖ sur le sable, aux cailloux ;Et soudain, dans mon cœur‖ cette vie innocente,Qu’une image bien chère‖ à mes yeux représente,Ô Maï ! Si fortement‖ s’est mise à revenir,Qu’il ma fallu chanter‖ encor ce souvenir.Dans ce sombre Paris,‖ toi que j’ai tant rêvée,Vois ! Comme en nos vallons‖ mon cœur t’a retrouvée.À l’âge qui pour moi‖ fut si plein de douceurs,J’avais pour être aimé‖ trois cousines (trois sœurs) :Elles venaient souvent‖ me voir au presbytère :Le nom qu’elles portaient‖ alors, je dois le taire,Toutes trois aujourd’hui‖ marchent le front voilé,Une près de Morlaix‖ et deux à Kemperlé ;Mais je sais qu’en leur cloître‖ elles me sont fidèles,Elles ont prié Dieu‖ pour moi qui parle d’elles.
Chez mon ancien curé,‖ l’été, d’un lieu voisin,Elles venaient donc voir‖ l’écolier leur cousin,Prenaient, en me parlant,‖ un langage de mères ;Ou bien, selon leur âge‖ et le mien, moins sévères,S’informaient de Marie,‖ objet de mes amours,Et si, pour l’embrasser,‖ je la suivais toujours ;Et comme ma rougeur‖ montrait assez ma flamme,Ces sœurs, qui sans pitié‖ jouaient avec mon âme,Curieuses aussi,‖ résolurent de voirCelle qui me tenait‖ si jeune en son pouvoir.
À l’heure de midi,‖ lorsque de leur villageLes enfants accouraient‖ au bourg, selon l’usage,Les voilà de s’asseoir,‖ en riant, toutes trois,Devant le cimetière,‖ au-dessous de la croix ;Et quand au catéchisme‖ arrivait une fille,Rouge sous la chaleur‖ et qui semblait gentille,Comme il en venait tant‖ de Ker-Barz, Ker-Halvé,Et par tous les sentiers‖ qui vont à Ti-Névé,Elles barraient sa route,‖ et par plaisanterieDisaient en soulevant‖ sa coiffe : « es-tu Marie ? »Or celle-ci passait‖ avec Joseph Daniel ;Elle entendit son nom,‖ et vite, grâce au ciel !Se sauvait, quand Daniel,‖ comme une biche fauve,La poursuivit, criant :‖ « voici Maï qui se sauve ! »Et, sautant par-dessus‖ les tombes et leurs morts,Au détour du clocher‖ la prit à bras le-corps :Elle se débattait,‖ se cachait la figure ;Mais chacun écarta‖ ses mains et sa coiffure ;Et les yeux des trois sœurs‖ s’ouvrirent pour bien voirCette grappe du Scorf,‖ cette fleur de blé noir.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 29((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiques
- Mots à la rime
- a Teir / mer masculine, classiqueb résine / fine féminine, classiquea Saint-Michel / d’Enn-Tell masculine, classiqueb bruyères / pierres féminine, classiquea autrefois / rois masculine, classiqueb règle / seigle féminine, classiquea houx / cailloux masculine, classiqueb innocente / représente féminine, classiquea revenir / souvenir masculine, classiqueb rêvée / retrouvée féminine, classiquea douceurs / sœurs masculine, classiqueb presbytère / taire féminine, classiquea voilé / Kemperlé masculine, classiqueb fidèles / d’elles féminine, classiquea voisin / cousin masculine, classiqueb mères / sévères féminine, classiquea amours / toujours masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classiquea voir / pouvoir masculine, classiqueb village / l’usage féminine, classiquea trois / croix masculine, classiqueb fille / gentille féminine, classiquea Ker-Halvé / Ti-Névé masculine, classiqueb plaisanterie / Marie féminine, classiquea Daniel / ciel masculine, classiqueb fauve / sauve féminine, classiquea morts / le-corps masculine, classiqueb figure / coiffure féminine, classiquea voir / noir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
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58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Marie, Garnier,Paris, 1910· numérisation FRANTEXT· Sources