Marie, 1831
Vers écrits à Livry
Dans ces calculs du sort‖ qu’on appelle hasard,Si le bonheur obtient‖ trop rarement sa part,S’il faut, le cœur serré,‖ pensif et solitaire,Poursuivre avec effort‖ sa course sur la terre,Attendant vainement‖ qu’au détour du cheminUn ami se présente‖ et nous serre la main,À quoi bon espérer ?‖ Sans projets, sans envie,Ne cherchons désormais‖ que l’oubli de la vie :Que chaque objet qui passe,‖ ou noble ou gracieux,Nous attire ! Et sur lui‖ laissons aller nos yeux,Vivons hors de nous-même.‖ Il est dans la nature,Dans tout ce qui se meut,‖ et respire et murmure,Dans les riches trésors‖ de la création,Il est des baumes sûrs‖ à toute affliction :C’est de s’abandonner‖ à ces beautés naïves,D’en observer les lois‖ douces, inoffensives,L’arbre qui pousse et meurt‖ où nos mains l’ont planté,Et l’oiseau qu’on écoute‖ après qu’il a chanté.Ainsi, selon l’objet‖ que le ciel nous envoie,Notre âme s’ouvre encore‖ à l’innocente joie.Un enfant sur sa porte‖ en passant m’a souri :À son rire si frais‖ mon cœur s’est attendri ;Car, folâtre, et voulant‖ le baiser sur la bouche,Sa nourrice accourut ;‖ mais le petit farouche,À son sable occupé,‖ longtemps fit le mutin,Et ce furent des cris,‖ un combat enfantin.Malgré ces grands efforts,‖ aux bras de la nourriceIl lui fallut pourtant‖ soumettre son caprice,Écouter les beaux noms‖ dont elle l’appelait,Et donner un baiser‖ de sa bouche de lait.Heureux ainsi qui cherche‖ en tous lieux, sur sa route,Une fleur qu’il respire,‖ une voix qu’il écoute,Et, comme on étudie‖ un livre curieux,Sonde de chaque objet‖ le sens mystérieux !C’est qu’au milieu du champ‖ cette pierre immobile,Ce roseau balancé‖ sur sa tige débile,Ce chien qui tient sur vous‖ son regard attaché,Sont comme un livre obscur,‖ symbolique, caché,Un langage muet‖ et plein de poésie,Et que chacun traduit‖ selon sa fantaisie,Selon son naturel‖ bienveillant ou moqueur,Selon qu’il suit en tout‖ son esprit ou son cœur.Quand les hommes n’ont plus‖ que des songes moroses,Heureux qui sait se prendre‖ au pur amour des choses,Parvient à s’émouvoir,‖ et trouve hors de lui,Hors de toute pensée‖ un baume à son ennui !Hélas ! Le cœur humain,‖ écrit à chaque page,Ne vaut plus que les yeux‖ s’y fixent davantage :Chaque mot de ce livre‖ est deviné, prévu ;Ce que vous y verrez,‖ vous l’avez déjà vu.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 25((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a hasard / part masculine, classiqueb solitaire / terre féminine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb envie / vie féminine, classiquea gracieux / yeux masculine, classiqueb nature / murmure féminine, classiquea création / affliction masculine, classiqueb naïves / inoffensives féminine, classiquea planté / chanté masculine, classiqueb envoie / joie féminine, classiquea souri / attendri masculine, classiqueb bouche / farouche féminine, classiquea mutin / enfantin masculine, classiqueb nourrice / caprice féminine, classiquea l’appelait / lait masculine, classiqueb route / écoute féminine, classiquea curieux / mystérieux masculine, classiqueb immobile / débile féminine, classiquea attaché / caché masculine, classiqueb poésie / fantaisie féminine, classiquea moqueur / cœur masculine, classiqueb moroses / choses féminine, classiquea lui / ennui masculine, classiqueb page / davantage féminine, classiquea prévu / vu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Marie, Garnier,Paris, 1910· numérisation FRANTEXT· Sources