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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1884· Poésies domestiques

Fable

Alfred Busquet· strophes variées, octosyllabes et alexandrins, 51 vers

On vous dira qu’en se jouantLa Fontaine écrivit ses fables ;Que le bonhomme aux yeux affablesLes composait tout en rêvant.N’en croyez rien : la Muse‖ est comme les coquettes,Il faut à son amour‖ un cœur non partagé,Des soins toujours nouveaux,‖ un culte protégéPar des prévenances discrètes ;A faire imprudemment‖ ses deux tristes conquêtes,Malheur à qui s’est engagé !Moi-même, ce n’est pas sans peineQue de rimer pour vous‖ j’ai pris quelque souci ;Pourtant mon vers est dur,‖ mal rimé, sans haleine.Par là, jugez si La FontaineSans le travail eût réussi !Avec son cortège de jours,L’an nouveau qui pour nous commenceEst comme un bataillon‖ de soldats qui s’avanceAu son du fifre et des tambours :Trente de ces soldats‖ font une compagnie,Ayant pour officier‖ le premier jour du mois.Chacune a son guidon‖ qui dans l’air se déplie ;Elles obéissent à la voixD’un général en chef,‖ dont l’active mémoire,Malgré leur latin, leur grimoire.Prend soin de retenir les nomsDe chacun de ses compagnons.— Qui ne connaît, je le demande.Le général Calendrier ?Il est très-pacifique‖ et sans talent guerrier.— Sous les ordres d’un chef‖ qui jamais ne gourmandeLes jours, ai-je dit, nos soldats.Sans souci du péril,‖ sans crainte, à l’aventure,Sans litière et sans nourriture.Dans des sentiers affreux‖ qu’ils ne connaissent pas.Vont gaiement égarer leurs pas.Morne, sur son rocher,‖ le temps qui les regardeEt monte une invisible garde.Les abat tour à tour‖ avec son arc vainqueur :— D’un trait fatal percés au cœurComme un château‖ de cartes qui s’écroulent,Ils tombent lourdement et roulentDans ton abîme, Éternité !

A toute fable, il faut‖ une moralité :O vous qui sans regret‖ voyez couler les heures.Si, grâce au fabliau‖ que je vous ai conté,Vous oubliez en vos demeuresLe doigt que tient sur vous‖ le Temps, maître irrité.Ce conte, amis,‖ vous aura profité.Et moi, qui tranche ici‖ du bon Jean La Fontaine,Je n’aurai pas perdu ma peine.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
3[abba] 1[abbaab] 1[abaab] 1[abab] 7[aa] 1[abbaa] 1[ababb]
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (26 de 8, 22 de 12, 2 de 10, 1 de 9)· profil 8, 6+6, 4+6, (9)
Mots à la rime
a jouant / rêvant masculine, classiqueb fables / affables féminine, classiquea coquettes / discrètes / conquêtes féminine, classiqueb partagé / protégé / engagé masculine, classiquea peine / haleine / Fontaine féminine, classiqueb souci / réussi masculine, classiquea jours / tambours masculine, classiqueb commence / s’avance féminine, classiquea compagnie / déplie féminine, classiqueb mois / voix masculine, classiquea mémoire / grimoire féminine, classiquea noms / compagnons masculine, classiquea demande / gourmande féminine, classiqueb Calendrier / guerrier masculine, classiquea soldats / pas masculine, classiqueb l’aventure / nourriture féminine, classiquea regarde / garde féminine, classiquea vainqueur / cœur masculine, classiquea s’écroulent / roulent féminine, classiquea Éternité / moralité masculine, classiquea heures / demeures féminine, classiqueb conté / irrité / profité masculine, classiquea Fontaine / peine féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

51 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie, 1884· numérisation archive.org· Sources