Poésies, 1884· Sur les chemins Impressions de voyage Portugal-Espagne
VI. La rade de Vigo
Me voici de retour,‖ et j’aperçois la radeDe Vigo, du sommet‖ d’un mont que j’escalade.Spectacle inattendu,‖ rêve étoilé, vermeilEnchantement ! miroir‖ inondé de soleil !Tout au loin par delà‖ les collines bleuâtresQui vont jusqu’à la grève‖ en longs amphithéâtres.Par delà les ravins‖ et les bois d’orangersTout remplis de senteurs‖ et d’oiseaux étrangers.La mer — est-ce la mer ?‖ — L’Océan qui s’avance.S’arrondit, résumé‖ de la nature immense.Au fond de l’entonnoir‖ verdoyant, est-ce un puitsDe l’Inde, est-ce le ciel‖ dans l’épaisseur des nuits.Ou n’est-ce pas plutôt‖ le bouclier d’AchilleQue Thétys oublia‖ sur les bords de Sicile,Et qui reluit dans l’herbe‖ avec des feux démens ?La ville est assoupie‖ au bord des flots dormans.Seuls les oiseaux de mer,‖ plus drus que les abeilles.Avec des airs perçans‖ sur les vagues vermeillesS’ébattent, blancs flocons‖ sur de blanches toisons.On les voit voltiger‖ à tous les horizonsEt dans la profondeur‖ du flot laver leur plume.On ne les poursuit pas.‖ Ce n’est pas la coutumeIci de tourmenter‖ les oiseaux du bon Dieu.Aussi les voyez-vous,‖ familiers en ce lieu.Et leur reconnaissance‖ à s’expliquer féconde.Multiplie à plaisir‖ de longs ébats sur l’onde.
Par la passe du sud‖ et la passe du nord.Deux vaisseaux étrangers‖ s’avancent vers le port ;L’un vient de l’Inde et l’autre‖ a quitté la Havane ;La chaudière s’éteint,‖ le drapeau se pavaneA l’arrière, et bientôt‖ les pauvres passagersVont toucher terre à bord‖ des canots messagers.
Le peuple sur le môle‖ est assis et regardeNonchalamment. Heureux‖ sont les soldats de garde !Le fusil dans un coin,‖ la cigarette aux dents,Ils causent, ils n’ont pas‖ de soucis imprudents.C’est pour eux que le ciel‖ a fait ces belles choses.Les femmes, le printemps,‖ les oranges, les roses.Et la sérénité‖ d’un climat enchanteurOù dormir au soleil‖ est le plus grand bonheur.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 20((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiques
- Mots à la rime
- a rade / j’escalade féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea bleuâtres / amphithéâtres féminine, classiqueb d’orangers / étrangers masculine, classiquea s’avance / immense féminine, classiqueb puits / nuits masculine, classiquea d’Achille / Sicile féminine, classiqueb démens / dormans masculine, classiquea abeilles / vermeilles féminine, classiqueb toisons / horizons masculine, classiquea plume / coutume féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquea féconde / l’onde féminine, classiqueb nord / port masculine, classiquea Havane / pavane féminine, classiqueb passagers / messagers masculine, classiquea regarde / garde féminine, classiqueb dents / imprudents masculine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb enchanteur / bonheur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie, 1884· numérisation archive.org· Sources