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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les voix intimes, 1892· Poésies diverses

La misère

Jean Baptiste Caouette· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

Donnez ! pour être aimés de Dieu que se fit homme,
Pour que le méchant même en s’inclinant vous nomme,
Pour que votre foyer soit calme et fraternel ;
Donnez ! afin qu’un jour à votre heure dernière,
Contre tous vos péchés vous ayiez la prière
D’un mendiant puissant au ciel.VICTOR HUGO.

Qu’il fait froid, ô mon Dieu,‖ dans la pauvre chaumière !Plus de bois, ni de pain‖ pour les enfants en pleurs !La mère vers le ciel‖ exhale sa prière,Et ce parfum de l’âme‖ adoucit ses malheurs !

Après avoir redit‖ le sublime symboleEt prié le Seigneur‖ de bénir ses enfants,Elle s’approche deux,‖ et ‒ gracieuse obole ‒Leur donne des baisers‖ à défaut d’aliments !…

C’est le premier de l’an.‖ Chez le riche on festonne ;Les bambins, tout joyeux,‖ embrassent leurs parents ;Sur ces candides fronts‖ l’espérance rayonne,Comme une étoile d’or‖ sur un ciel de printemps !

Un arôme suave‖ embaume la demeureDes fruits en pyramide‖ et des gâteaux charmantsTrônent sur le cristal‖ en attendant cette heureOù leur fera la guerre‖ un essaim de gourmands.

Sous ces lambris dorés,‖ le père de familleContemple tous les siens‖ d’un œil plein de douceur ;Dans l’âtre, près de lui,‖ joyeusement pétilleUn bon feu d’où jaillit‖ une ardente chaleur.

Ainsi, dans les palais‖ des riches de ce monde,L’on voit briller partout‖ la joie et le bonheur ;L’on ne redoute pas‖ la tempête qui grondeEt glace, en son chemin,‖ le pauvre de terreur…

Il fait froid. Le soleil,‖ sous un épais nuage,Dérobe les reflets‖ de ses rayons dorés ;Au loin le vent mugit,‖ solennel en sa rage,Et soulève la neige‖ en tourbillons serrés.

Mais que vois-je, soudain,‖ à travers la tempête ?Ciel ! une femme pâle‖ à l’air triste et souffrant !Ses membres sont glacés ;‖ elle avance, s’arrête,Et presse sur son cœur‖ un jeune et frêle enfant !

Cette femme débile,‖ à la démarche lente,Qui brave en grelottant‖ de froid impétueux,A laissé la chaumière,‖ et, comme une âme errante,S’en va tendre la main‖ aux portes des heureux.

Elle franchit le seuil‖ d’une villa gothiqueAux magnifiques arcs‖ aux superbes balcons,Mais là sa voix rencontre‖ un cœur dur et sceptiqueQui méprise sa plainte‖ et rit de ses haillons…

Le lendemain au soir‖ de ce jour mémorable,Vers la chaumière allait‖ le bon curé du lieu.Il frémit en voyant ‒‖ spectacle épouvantable ‒Trois cadavres blottis‖ près de l’âtre sans feu !

Ils étaient morts, la nuit,‖ de peine et de misère,Pendant que les heureux‖ fêtaient jusqu’au matin…Mais ne les plaignons pas,‖ car Dieu, ce tendre père,Les avait conviés‖ à l’éternel festin…

Janvier 1870.

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a chaumière / prière féminine, classiqueb pleurs / malheurs masculine, classiquea symbole / obole féminine, classiqueb enfants / d’aliments masculine, classiquea festonne / rayonne féminine, classiqueb parents / printemps masculine, classiquea demeure / heure féminine, classiqueb charmants / gourmands masculine, classiquea famille / pétille féminine, classiqueb douceur / chaleur masculine, classiquea monde / gronde féminine, classiqueb bonheur / terreur masculine, classiquea nuage / rage féminine, classiqueb dorés / serrés masculine, classiquea tempête / s’arrête féminine, classiqueb souffrant / enfant masculine, classiquea lente / errante féminine, classiqueb impétueux / heureux masculine, classiquea gothique / sceptique féminine, classiqueb balcons / haillons masculine, classiquea mémorable / épouvantable féminine, classiqueb lieu / feu masculine, classiquea misère / père féminine, classiqueb matin / festin masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, 1892· numérisation Project Gutenberg· Sources