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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les voix intimes, 1892· Poésies diverses

Sachons lutter !

A. M. C. A. GAUVREAU, membre de l’Académie des Muses Santones RÉPONSE

Jean Baptiste Caouette· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

Toute vie est un flot de la mer de douleur.
Leur amertume un jour sera ton ambroisie,
Car l’urne de la gloire et de la poésie,
Ne se remplit que de nos pleurs !LAMARTINE.

L’autre soir, accoudé‖ sur le bord de ma table,La cigarette aux dents‖ et la plume à la main,J’essayais de ravir‖ à ma muse indomptableDes vers que je voulais‖ risquer le lendemain.

Mais, hélas ! la cruelle‖ avec indifférenceAccueillait les soupirs‖ s’exhalant de mon cœur,Et, malgré mes appels‖ et ma persévérance,Ne daignait m’accorder‖ qu’un « silence moqueur. »

Alors, en grommelant,‖ je rejetai ma plumeQue j’avais pris la peine,‖ entre vingt, de choisir !Ma foi, j’aurais troqué‖ mon luth contre l’enclumeQue l’artisan du coin‖ fait vibrer à loisir…

Je vouais à Pluton‖ l’objet de ma tendresse ‒La muse qui m’avait‖ tant de fois consolé ‒Quand l’on vint me remettre‖ un chant, à mon adresse,Que votre lyre avait,‖ la veille, modulé.

« Sachons lutter ! » Tel est‖ le titre du poèmeOù votre âme meurtrie‖ épanche ses douleurs,Implorant la pitié‖ pour le malheureux mêmeDont le fol égoïsme‖ causé vos malheurs !

L’égoïsme a chassé‖ l’ange de l’espéranceQui berçait votre esprit‖ du rêve le plus beau ;Il ne vous reste plus‖ que l’amère souffrance,Aussi lourde à porter‖ qu’un marbre de tombeau !

Ah ! votre cœur croyait ‒‖ avec raison sans doute ‒Que l’homme parvenu‖ doit être bienfaisant,Quand le hasard, un soir,‖ plaça sur votre routeUn sot que la fortune‖ a rendu méprisant !

Votre cœur ignorait‖ qu’ici-bas, en grand nombre,Il est des êtres vils‖ au visage de saintQui se cachent parfois,‖ comme un serpent dans l’ombre,Pour nous lancer le dard‖ qui perce notre sein…

Comme vous j’ai souffert‖ de la malice humaine ;De vieux amis j’ai vu‖ l’affreuse trahison ;D’illustres vaniteux‖ j’ai mérité la haine,M’étant permis de rire‖ un peu de leur blason…

Et pour avoir, jadis,‖ proclamé que ma raceSecouerait tôt ou tard‖ l’insupportable affrontDe vivre sous le joug,‖ j’ai payé cette audaceDe lèse-loyauté…‖ mais je tiens haut le front !

Barde, vous l’avez dit :‖ « Il faut souffrir, pleurer.La souffrance à tout front‖ doit mettre son empreinteEt toujours et sans cesse‖ elle devra durerEt pas un n’est exempt‖ de sa fatale étreinte. »

Mais ne désespérons‖ ni de Dieu ni des hommes :Dieu récompense un jour‖ ceux qui savent lutter,Et nous, pauvres humains ‒‖ dieux tombés que nous sommes ‒Si nous causons des torts,‖ sachons les racheter !

Avril 1887.

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6÷6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a table / indomptable féminine, classiqueb main / lendemain masculine, classiquea indifférence / persévérance féminine, classiqueb cœur / moqueur masculine, classiquea plume / l’enclume féminine, classiqueb choisir / loisir masculine, classiquea tendresse / adresse féminine, classiqueb consolé / modulé masculine, classiquea poème / même féminine, classiqueb douleurs / malheurs masculine, classiquea l’espérance / souffrance féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea doute / route féminine, classiqueb bienfaisant / méprisant masculine, classiquea nombre / l’ombre féminine, classiqueb saint / sein masculine, non classiquea humaine / haine féminine, classiqueb trahison / blason masculine, classiquea race / audace féminine, classiqueb affront / front masculine, classiquea pleurer / durer masculine, classiqueb empreinte / étreinte féminine, classiquea hommes / sommes féminine, classiqueb lutter / racheter masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, 1892· numérisation Project Gutenberg· Sources