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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les voix intimes, 1892· Poésies diverses

Le mois des morts

Jean Baptiste Caouette· quatrains, hexasyllabes et décasyllabes, 80 vers

Le sol n’est plus‖ velouté de verdure ;Le vent gémit,‖ et le chantre des boisAiguillonné‖ par la faim, la froidure,Redit ses chants‖ pour la dernière fois.

Les milles fleurs‖ qui doraient la prairieOnt disparu‖ sous un épais frimas.Adieu, parfums !‖ Adieu, mousse fleurieOù nous prenions‖ de si joyeux ébats !

« Oyez ! la cloche sonneSon hymne monotoneAu clocher du saint lieu ;Cette voix gémissanteS’élève, supplianteJusqu’au trône de Dieu !C’est le sanglot d’une âmeQui soupire et réclameDans sa prison de feu.Eh ! bien, qu’une prièreMonte, monte, sincère,De nos cœurs jusqu’à dieu ! »

L’astre du jour,‖ derrière les nuages,Cache ses feux,‖ La nature est en deuil.Hier, la neige,‖ aujourd’hui les orages :Tout se transforme‖ et passe en un clin-d’œil.

Le moissonneur‖ ne tresse plus les gerbesQui ravissaient‖ son cœur reconnaissant ;Le sol est mort.‖ Nos montagnes superbesDressent au loin‖ leur faîte jaunissant.

« Oyez ! la cloche sonneSon hymne monotoneAu clocher du saint lieu ;Cette voix gémissanteS’élève, suppliante,Jusqu’au trône de Dieu !C’est le sanglot d’une âmeQui soupire et réclameDans sa prison de feu.Eh ! bien, qu’une prièreMonte, monte, sincère,De nos cœurs jusqu’à dieu ! »

Durant ce mois‖ de deuil et de tristesse,Chrétiens, fuyons‖ les frivoles plaisirs ;Pensons aux morts‖ qui soupirent sans cesseAprès le ciel,‖ objets de leurs désirs.

Ah ! oui, pensons‖ à l’affreux purgatoire,Où Dieu peut-être‖ un jour nous conviera,Car du péché‖ c’est l’urne épuratoire,Inévitable,‖ où notre âme expiera !

« Oyez ! la cloche sonneSon hymne monotoneAu clocher du saint lieu ;Cette voix gémissanteS’élève, supplianteJusqu’au trône de Dieu !C’est le sanglot d’une âmeQui soupire et réclameDans sa prison de feu.Eh ! bien, qu’une prièreMonte, monte, sincère,De nos cœurs jusqu’à dieu ! »

Entendez-vous‖ ces plaintes déchirantes,Ces longs appels,‖ ces sanglots douloureux ?…Prions ! Prions !‖ Nos prières ardentesDélivreront‖ des flots de malheureux.

Puis quand la mort,‖ au jour de ses vendanges,De notre vie‖ aura tranché le cours,Alors ces saints ‒‖ devenus nos bons anges ‒Nous prêteront‖ leur merveilleux secours !

« Oyez ! la cloche sonneSon hymne monotoneAu clocher du saint lieu ;Cette voix gémissanteS’élève, supplianteJusqu’au trône de Dieu !C’est le sanglot d’une âmeQui soupire et réclameDans sa prison de feu.Eh ! bien, qu’une prièreMonte, monte, sincère,De nos cœurs jusqu’à dieu ! »

1er novembre 1881.

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
4{2(abab) 1(aabccbddbeeb)}
Mètre
Hexasyllabes et décasyllabes (48 de 6, 32 de 10)· profil 6, 4+6
Strophes
8 quatrains, 4 douzains
Mots à la rime
a verdure / froidure féminine, classiqueb bois / fois masculine, classiquea prairie / fleurie féminine, classiqueb frimas / ébats masculine, classiquea sonne / monotone féminine, classiqueb lieu / Dieu masculine, classiquec gémissante / suppliante féminine, classiqued âme / réclame féminine, classiqueb feu / dieu masculine, classiquee prière / sincère féminine, classiquea nuages / orages féminine, classiqueb deuil / clin-d’œil masculine, classiquea gerbes / superbes féminine, classiqueb reconnaissant / jaunissant masculine, classiquea tristesse / cesse féminine, classiqueb plaisirs / désirs masculine, classiquea purgatoire / épuratoire féminine, classiqueb conviera / expiera masculine, classiquea déchirantes / ardentes féminine, classiqueb douloureux / malheureux masculine, classiquea vendanges / anges féminine, classiqueb cours / secours masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, 1892· numérisation Project Gutenberg· Sources