Œuvres complètes, 1851· Poésies diverses
Imitation d’ovide
Je ne sais point porter‖ de chaînes éternelles,Et j’ose me vanter‖ de ma légèreté :Quand l’univers‖ nous offre tant de belles,Pourquoi n’aimer qu’une beauté ?Si je vois une fille‖ innocente et tranquille,Qui baisse ses regards‖ sur un sein immobile,Son timide embarras,‖ sa naïve candeur,Sont des pièges cachés‖ qui surprennent mon cœur.Si, marchant d’un air leste‖ et la tête assurée,Attaquant, provoquant‖ la jeunesse enivrée,Laïs vient à paraître,‖ elle enflamme mes sens ;J’ai bientôt oublié‖ ma modeste bergère,Et c’est la volupté,‖ c’est l’art que je préfère,Afin de savourer‖ des plaisirs différens.Du haut de sa grandeur,‖ de sa tige éclatante,J’aime à faire descendre‖ une superbe amante ;Et je crois, triomphant‖ d’elle et de ses aïeux,M’élever dans ses bras‖ jusques au sein des dieux.Tu n’as pas moins de droits‖ sur mon âme inconstante,Toi, dont l’esprit orné‖ rend l’entretien charmant :Aux plaisirs de l’amour‖ se borne l’ignorante,Et ses soins délicats‖ flattent un tendre amant.Que la voix de Cloé‖ me pénètre et me touche !Quel plaisir, quand le cœur‖ et l’oreille sont pris,D’interpréter,‖ par un baiser surpris,Les sons pleins de douceur‖ qui sortent de sa bouche !Je ne puis voir,‖ sans un trouble soudain,Dans les bras d’une belle‖ une harpe enlacée,Et mon œil suit en feu,‖ sur la corde pincée,Le jeu vif et brillant‖ d’une charmante main.Les grâces de Cinthie‖ et sa taille légèreM’offrent les souvenirs‖ des nymphes de nos bois ;Et quand ses pas hardis‖ l’enlèvent de la terre,Je voudrais, embrassant‖ sa taille entre mes doigts,La porter en triomphe‖ aux bosquets de Cythère.Le frais matin de la beauté,Les premiers jours de sa naissance,Portent, dans mon sein agité,La plus active effervescence.Son été même‖ a des charmes pour moi.O femmes ! je ne vis‖ que pour vous dans le monde ;Mais j’aime à partager‖ l’encens que je vous doi,Et la brune me rend‖ infidèle à la blonde :Mon cœur ne brave pas‖ un seul de vos attraits.Enfin, quelque beauté‖ que l’on cite dans Rome,Que l’univers possède‖ et l’univers renomme,Elle est d’abord l’objet‖ de mes ardens souhaits ;Et comme un nouvel Alexandre,Animé d’un feu tout divin,Dans mon ambition,‖ prêt à tout entreprendre,Je voudrais conquérir‖ le monde féminin.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 5[abab] 5[aa] 4[abba] 1[ababa]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (40 de 12, 7 de 8, 4 de 10)· profil 8, 6+6, 4+6
- Mots à la rime
- a éternelles / belles féminine, classiqueb légèreté / beauté masculine, classiquea tranquille / immobile féminine, classiquea candeur / cœur masculine, classiquea assurée / enivrée féminine, classiquea sens / différens masculine, classiqueb bergère / préfère féminine, classiquea éclatante / amante féminine, classiquea aïeux / dieux masculine, classiquea inconstante / l’ignorante féminine, classiqueb charmant / amant masculine, classiquea touche / bouche féminine, classiqueb pris / surpris masculine, classiquea soudain / main masculine, classiqueb enlacée / pincée féminine, classiquea légère / terre / Cythère féminine, classiqueb bois / doigts masculine, classiquea beauté / agité masculine, classiqueb naissance / effervescence féminine, classiquea moi / doi masculine, classiqueb monde / blonde féminine, classiquea attraits / souhaits masculine, classiqueb Rome / renomme féminine, classiquea Alexandre / entreprendre féminine, classiqueb divin / féminin masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
51 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Chez CHAUMEROT JEUNE, LIBRAIRE, 1824-1825· numérisation ÉFÉLÉ· Sources