Poésies diverses, 1797‑1827
XVII. Les Alpes ou l’Italie
1822.
Donc reconnaissez-vous‖ au fond de vos abîmesCe voyageur pensif,Au cœur triste, aux cheveux‖ blanchis comme vos cimes,Au pas lent et tardif ?
Jadis de ce vieux bois,‖ où fait une eau limpide,Je sondais l’épaisseurHardi comme un aiglon,‖ comme un chevreuil rapide,Et gai comme un chasseur.
Alpes, vous n’avez point‖ subi mes destinées !Le temps ne vous peut rien.Vos fronts légèrement‖ ont porté les annéesQui pèsent sur le mien.
Pour la première fois,‖ quand, rempli d’espérance,Je franchis vos remparts,Ainsi que l’horizon,‖ un avenir immenseS’ouvrait à mes regards.
L’Italie à mes pieds,‖ et devant moi le monde,Quel champ pour mes désirs !Je volai, j’évoquai‖ cette Rome fécondeEn puissants souvenirs.
Du Tasse une autre fois‖ je revis la patrie :Imitant Godefroi,Chrétien et chevalier,‖ j’allais vers la SyriePlein d’ardeur et de foi.
Ils ne sont plus ces jours‖ que point mon cœur n’oublie,Et ce cœur aujourd’huiSous le brillant soleil‖ de la belle ItalieNe sent plus que l’ennui.
Pompeux ambassadeurs‖ que la faveur caresse,Ministres, valez-vousLes obscurs compagnons‖ de ma vive jeunesseEt mes plaisirs si doux ?
Vos noms aux bords riants‖ que l’Adige décoreDu temps seront vaincus,Que Catulle et Lesbie‖ enchanteront encoreLes flots du Bénacus.
Politiques, guerriers,‖ vous qui prétendez vivreDans la postérité,J’y consens : mais on peut‖ arriver sans vous suivre,A l’immortalité.
J’ai vu ces fiers sentiers‖ tracés par la Victoire,Au milieu des frimas,Ces rochers du Simplon‖ que le bras de la GloirePendit pour nos soldats :
Ouvrage d’un géant,‖ monument du génie,Serez-vous plus connusQue la roche où Saint-Preux‖ contait à MeillerieLes tourments de Vénus ?
Je vous peignis aussi,‖ chimère enchanteresse,Fictions des amours !Aux tristes vérités‖ le temps, qui fuit sans cesse,Livre à présent mes jours.
L’histoire et le roman‖ font deux parts de la vie,Qui si tôt se ternit :Le roman la commence,‖ et lorsqu’elle est flétrieL’histoire la finit.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (28 de 6, 28 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a abîmes / cimes féminine, classiqueb pensif / tardif masculine, classiquea limpide / rapide féminine, classiqueb l’épaisseur / chasseur masculine, classiquea destinées / années féminine, classiqueb rien / mien masculine, classiquea d’espérance / immense féminine, classiqueb remparts / regards masculine, classiquea monde / féconde féminine, classiqueb désirs / souvenirs masculine, classiquea patrie / Syrie féminine, classiqueb Godefroi / foi masculine, classiquea n’oublie / Italie féminine, classiqueb aujourd’hui / l’ennui masculine, classiquea caresse / jeunesse féminine, classiqueb valez-vous / doux masculine, classiquea décore / encore féminine, classiqueb vaincus / Bénacus masculine, classiquea vivre / suivre féminine, classiqueb postérité / l’immortalité masculine, classiquea Victoire / Gloire féminine, classiqueb frimas / soldats masculine, classiquea génie / Meillerie féminine, classiqueb connus / Vénus masculine, classiquea enchanteresse / cesse féminine, classiqueb amours / jours masculine, classiquea vie / flétrie féminine, classiqueb ternit / finit masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· numérisation poesies.net· Sources