Œuvres poétiques, 1790· Églogues
XVI. « Blanche et douce colombe, aimable prisonnière »
Blanche et douce colombe,‖ aimable prisonnière,Quel injuste ennemi‖ te cache à la lumière ?Je t’ai vue aujourd’hui‖ que le ciel était beau !Te promener longtemps‖ sur le bord du ruisseau,Au hasard, en tous lieux,‖ languissante, muette,Tournant tes doux regards‖ et tes pas et ta tête.Caché dans le feuillage,‖ et n’osant l’agiter,D’un rameau sur un autre‖ à peine osant sauter,J’avais peur que le vent‖ décelât mon asile.Tout seul je gémissais,‖ sur moi-même immobile,De ne pouvoir aller,‖ le ciel était si beau !Promener avec toi‖ sur le bord du ruisseau.
Car, si j’avais osé,‖ sortant de ma retraite,Près de ta tête amie‖ aller porter ma tête,Avec toi murmurer‖ et fouler sous mes pasLe même pré foulé‖ sous tes pieds délicats,Mes ailes et ma voix‖ auraient frémi de joie,Et les noirs ennemis,‖ les deux oiseaux de proie,Ces gardiens envieux‖ qui te suivent toujours,Auraient connu soudain‖ que tu fais mes amours.Tous les deux à l’instant,‖ timide prisonnière,T’auraient, dans ta prison,‖ ravie à la lumière,Et tu ne viendrais plus,‖ quand le ciel sera beau,Te promener encor‖ sur le bord du ruisseau.
Blanche et douce brebis‖ à la voix innocente,Si j’avais, pour toucher‖ ta laine obéissante,Osé sortir du bois‖ et bondir avec toi,Te bêler mes amours‖ et t’appeler à moi,Les deux loups soupçonneux‖ qui marchaient à ta suiteM’auraient vu. Par leurs cris‖ ils t’auraient mise en fuite.Et pour te dévorer‖ eussent fondu sur toiPlutôt que te laisser‖ un moment avec moi.Oui, jusques dans sa robe‖ et le contour de linQue presse la ceinture‖ au-dessus de son sein,Sans avoir son aveu,‖ ta bouche pétulanteA cherché la fraîcheur‖ de sa gorge naissante.Sur les deux ramiers blancs,‖ le vautour indompté,Sur les deux ramiers blancs‖ il s’est précipité.Les deux oiseaux jumeaux‖ qu’un même nid rassemble,Qui se cachent tous deux,‖ qui s’élèvent ensemble,Dont le bec est de rose,‖ et que l’œil plein d’ardeurPoursuit, touche de loin,‖ et qui troublent le cœur.Sa robe, au gré du vent‖ derrière elle flottante,En replis ondoyants‖ mollement frémissante,S’insinue, et la presse‖ et laisse voir aux yeuxDe ses genoux charmants‖ les contours gracieux.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 23((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiques
- Mots à la rime
- a prisonnière / lumière féminine, classiqueb beau / ruisseau masculine, classiquea muette / tête féminine, classiqueb l’agiter / sauter masculine, classiquea asile / immobile féminine, classiquea retraite / tête féminine, classiqueb pas / délicats masculine, classiquea joie / proie féminine, classiqueb toujours / amours masculine, classiquea innocente / obéissante féminine, classiqueb toi / moi masculine, classiquea suite / fuite féminine, classiquea lin / sein masculine, classiqueb pétulante / naissante féminine, classiquea indompté / précipité masculine, classiqueb rassemble / ensemble féminine, classiquea d’ardeur / cœur masculine, classiqueb flottante / frémissante féminine, classiquea yeux / gracieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Alphonse Lemerre, éditeur, 1899· numérisation gallica.bnf.fr· Sources