Œuvres poétiques, 1790· Poésies antiques ‒ études
IX. Invocation à la Poésie
Vierge au visage blanc,‖ la jeune Poésie,En silence attendue‖ au banquet d’ambroisie,Vint sur un siège d’or‖ s’asseoir avec les dieux,Des fureurs des Titans‖ enfin victorieux.La bandelette auguste,‖ au front de cette reine,Pressait les flots errants‖ de ses cheveux d’ébène ;La ceinture de pourpre‖ ornait son jeune sein.L’amiante et la soie,‖ en un tissu divin,Répandaient autour d’elle‖ une robe flottante,Pure comme l’albâtre‖ et d’or étincelante.Creux en profonde coupe,‖ un vaste diamantLui porta du nectar‖ le breuvage écumant.Ses belles mains volaient‖ sur la lyre d’ivoire.Elle leva ses yeux‖ où les transports, la gloire,Et l’âme et l’harmonie‖ éclataient à la fois.Et, de sa belle bouche,‖ exhalant une voixPlus douce que le miel‖ ou les baisers des Grâces,Elle dit des vaincus‖ les coupables audaces,Et les cieux raffermis‖ et sûrs de notre encens,Et sous l’ardent Étna‖ les traîtres gémissants.
Nymphe tendre et vermeille,‖ ô jeune Poésie !Quel bois est aujourd’hui‖ ta retraite choisie ?Quelles fleurs, près d’une onde‖ où s’égarent tes pas,Se courbent mollement‖ sous tes pieds délicats ?Où te faut-il chercher ?‖ Vois la saison nouvelle !Sur son visage blanc‖ quelle pourpre étincelle !L’hirondelle a chanté.‖ Zéphire est de retour :Il revient en dansant ;‖ il ramène l’amour ;L’ombre, les prés, les fleurs,‖ c’est sa douce famille,Et Jupiter se plaît‖ à contempler sa fille,Cette terre où partout,‖ sous tes doigts gracieux,S’empressent de germer‖ des vers mélodieux.Le fleuve qui s’étend‖ dans les vallons humidesRoule pour toi des vers‖ doux, sonores, liquides.Des vers, s’ouvrant en foule‖ aux regards du soleil,Sont ce peuple de fleurs‖ au calice vermeil.Et les monts, en torrents‖ qui blanchissent leurs cimes,Lancent des vers brillants‖ dans le fond des abîmes.Ils reconnaissent tous‖ la voix de l’héroïne ;Ils tressaillent, saisis‖ à cette voix divine ;Roulent leurs pieds dans l’air,‖ lèvent leurs fronts ardents ;L’or du frein tortueux‖ résonne entre leurs dents.Courbant leur col nerveux,‖ tous, en chutes pareillesPrécipités ; leurs yeux‖ s’enflamment, leurs oreillesSe dressent devant eux ;‖ hérissés et fumants,Leur narine bondit‖ en longs frémissements ;Mors et harnais sont blancs‖ de sueur et d’écume ;La roue échappe aux yeux,‖ l’axe bouillant s’allume ;Ils volent, le char vole,‖ elle vole, elle fuitComme l’agile éclair‖ qui brille dans la nuit.Le vent ne peut les suivre ............................Sous la dent de l’acier‖ aux pointes lumineuses,Joignant d’un velours noir‖ les bandes sinueuses,Un camée éclatant,‖ sur l’argile d’azur,Presse contre son flanc‖ le basin frais et pur.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 27((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 distiques
- Mots à la rime
- a Poésie / d’ambroisie féminine, classiqueb dieux / victorieux masculine, classiquea reine / d’ébène féminine, classiqueb sein / divin masculine, classiquea flottante / étincelante féminine, classiqueb diamant / écumant masculine, classiquea d’ivoire / gloire féminine, classiqueb fois / voix masculine, classiquea Grâces / audaces féminine, classiqueb encens / gémissants masculine, classiquea Poésie / choisie féminine, classiqueb pas / délicats masculine, classiquea nouvelle / étincelle féminine, classiqueb retour / l’amour masculine, classiquea famille / fille féminine, classiqueb gracieux / mélodieux masculine, classiquea humides / liquides féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquea cimes / abîmes féminine, classiqueb l’héroïne / divine féminine, classiquea ardents / dents masculine, classiqueb pareilles / oreilles féminine, classiquea fumants / frémissements masculine, classiqueb d’écume / s’allume féminine, classiquea fuit / nuit masculine, classiqueb lumineuses / sinueuses féminine, classiquea d’azur / pur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
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55 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Alphonse Lemerre, éditeur, 1899· numérisation gallica.bnf.fr· Sources