Œuvres poétiques, 1790· Poésies diverses
IX. La Seine
Ainsi, vainqueur de Troie‖ et des vents et des flots,D’un navire emprunté‖ pressant les matelots,Le fils du vieux Laërte‖ arrive en sa patrie,Baise en pleurant le sol‖ de son île chérie ;Il reconnaît le port‖ couronné de rochersOù le vieillard des mers‖ accueille les nochers,Et que l’olive épaisse‖ entoure de son ombre ;Il retrouve la source‖ et l’antre humide et sombreOù l’abeille murmure ;‖ où, pour charmer les yeux,Teints de pourpre et d’azur,‖ des tissus précieuxSe forment sous les mains‖ des naïades sacrées ;Et dans ses premiers vœux‖ ces nymphes adorées(Que ses yeux n’osaient plus‖ espérer de revoir)De vivre, de régner‖ lui permettent l’espoir.
Oh ! des fleuves français‖ brillante souveraine,Salut ! ma longue course‖ à tes bords me ramène,Moi que ta nymphe pure‖ en son lit de roseauxFit errer tant de fois‖ au doux bruit de ses eaux ;Moi qui la vis couler‖ plus lente et plus facile,Quand ma bouche animait‖ la flûte de Sicile ;Moi, quand l’amour trahi‖ me fit verser des pleurs,Qui l’entendis gémir‖ et pleurer mes douleursTout mon cortège antique,‖ aux chansons langoureuses,Revole comme moi‖ vers tes rives heureuses.Promptes dans tous mes pas‖ à me suivre en tous lieux,Le rire sur la bouche‖ et les pleurs dans les yeux,Partout autour de moi‖ mes jeunes ÉlégiesPromenaient les éclats‖ de leurs folles orgies,Et, les cheveux épars,‖ se tenant par la main,De leur danse élégante‖ égayaient mon chemin.Il est bien doux d’avoir‖ dans sa vie innocenteUne Muse naïve‖ et de haines exempte,Dont l’honnête candeur‖ ne garde aucun secret ;Où l’on puisse au hasard,‖ sans crainte, sans apprêt,Sûr de ne point rougir‖ en voyant la lumière,Répandre, dévoiler‖ son âme tout entière.C’est ainsi, promené‖ sur tout cet univers,Que mon cœur vagabond‖ laisse tomber des vers.De ses pensers errants‖ vive et rapide image,Chaque chanson nouvelle‖ a son nouveau langage,Et des rêves nouveaux‖ un nouveau sentiment :Tous sont divers et tous‖ furent vrais un moment.
Mais que les premiers pas‖ ont d’alarmes craintives !Nymphe de Seine, on dit‖ que Paris sur tes rives,Fait asseoir vingt conseils‖ de critiques nombreux,Du Pinde partagé‖ despotes soupçonneux.Affaiblis de leurs yeux‖ la vigilance amère ;Dis-leur que, sans s’armer‖ d’un front dur et sévère,Ils peuvent négliger‖ les pas et les douceursD’une Muse timide,‖ et qui, parmi ses sœurs,Rivale de personne‖ et sans demander grâce,Vient, le regard baissé,‖ solliciter sa place ;Dont la main est sans tache‖ et n’a connu jamaisLe fiel dont la satire‖ envenime ses traits.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 27((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiques
- Mots à la rime
- a flots / matelots masculine, classiqueb patrie / chérie féminine, classiquea rochers / nochers masculine, classiqueb ombre / sombre féminine, classiquea yeux / précieux masculine, classiqueb sacrées / adorées féminine, classiquea revoir / l’espoir masculine, classiqueb souveraine / ramène féminine, classiquea roseaux / eaux masculine, classiqueb facile / Sicile féminine, classiquea pleurs / douleurs masculine, classiqueb langoureuses / heureuses féminine, classiquea lieux / yeux masculine, classiqueb Élégies / orgies féminine, classiquea main / chemin masculine, classiqueb innocente / exempte féminine, classiquea secret / apprêt masculine, classiqueb lumière / entière féminine, classiquea univers / vers masculine, classiqueb image / langage féminine, classiquea sentiment / moment masculine, classiqueb craintives / rives féminine, classiquea nombreux / soupçonneux masculine, classiqueb amère / sévère féminine, classiquea douceurs / sœurs masculine, classiqueb grâce / place féminine, classiquea jamais / traits masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Alphonse Lemerre, éditeur, 1899· numérisation gallica.bnf.fr· Sources