Œuvres poétiques, 1790· Églogues
X. « Toi ! de Mopsus ami ! Non loin de Bérécynthe »
Toi ! de Mopsus ami !‖ Non loin de Bérécynthe,Certain satyre, un jour,‖ trouva la flûte sainteDont Hyagnis calmait‖ ou rendait furieuxLe cortège énervé‖ de la mère des dieux.Il appelle aussitôt‖ du Sangar au MéandreLes nymphes de l’Asie,‖ et leur dit de l’entendre,Que tout l’art d’Hyagnis‖ n’était que dans ce bui ;Qu’il a, grâce au destin,‖ des doigts tout comme lui.On s’assied. Le voilà‖ qui se travaille et sue,Souffle, agite ses doigts,‖ tord sa lèvre touffue,Enfle sa joue épaisse,‖ et fait tant qu’à la finLe buis résonne et pousse‖ un cri rauque et chagrin.L’auditoire étonné‖ se lève, non sans rire.Les éloges railleurs‖ fondent sur le satyreQui pleure, et des Chiens même,‖ en fuyant vers le bois,Évite comme il peut‖ les dents et les abois…Ne te souvient-il plus‖ que les bois de CélèneVirent punir jadis‖ une audace aussi vaine ?Si Marsyas aussi‖ n’eût bravé ses vainqueurs,Ni son père Hyagnis,‖ ni les nymphes ses sœurs,Olympe son ami,‖ les satyres ses frères,N’auraient pleuré des dieux‖ les victoires sévères,Et ne l’auraient point vu,‖ ceint d’humides roseaux,Errer dans la Phrygie‖ en transparentes eaux.
Soit que son souffle anime‖ un simple chalumeau,Ou qu’il fasse courir‖ sa lèvre harmonieuseSur neuf roseaux que joint‖ la cire industrieuse,Soit quand la flûte droite‖ où voltigent ses doigtsVient puiser dans sa bouche‖ une facile voix,Ou quand il fait parler,‖ sur ses lèvres pressée,La flûte oblique, chère‖ aux grottes du Lycée.
Non ; même sans chercher‖ d’amoureuses promesses,Sans vouloir de Vénus‖ connaître les caresses,D’être belle toujours‖ vous prenez quelques soins ;Vous voulez plaire même‖ à qui vous plaît le moins.O chaste déité‖ qu’adore le Pirée,Tu jettes l’instrument,‖ fils de ta main sacrée,Tu brises cette flûte‖ où, pour charmer les dieux,Respire en sons légers‖ ton souffle harmonieux ;Tu rougis de la voir‖ dans une onde fidèleAltérer la beauté‖ de ta joue immortelle.Syrinx parle et respire‖ aux lèvres du pasteur…
Syrinx, que tes roseaux,‖ à mordre insidieuxGardent bien d’outrager‖ ses doigts industrieux.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 20[aa] 1[aaa]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a Bérécynthe / sainte féminine, classiquea furieux / dieux masculine, classiquea Méandre / l’entendre féminine, classiquea bui / lui masculine, classiquea sue / touffue féminine, classiquea fin / chagrin masculine, classiquea rire / satyre féminine, classiquea bois / abois masculine, classiquea Célène / vaine féminine, classiquea vainqueurs / sœurs masculine, classiquea frères / sévères féminine, classiquea roseaux / eaux / chalumeau masculine, classiquea harmonieuse / industrieuse féminine, non classiquea doigts / voix masculine, classiquea pressée / Lycée féminine, classiquea promesses / caresses féminine, classiquea soins / moins masculine, classiquea Pirée / sacrée féminine, classiquea dieux / harmonieux masculine, classiquea fidèle / immortelle féminine, classiquea insidieux / industrieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Alphonse Lemerre, éditeur, 1899· numérisation gallica.bnf.fr· Sources