Des vers français, 1906
Une Famille de Soldats
L’aïeul
Né sous le chaume et fils‖ de pauvres paysans,Mais sachant lire, il vient‖ à la ville, à seize ans,Chez son oncle, un charron,‖ pour son apprentissage.Ce solide garçon,‖ laborieux et sage,Ne s’imagine pas‖ qu’il doive, un jour, chercherAventure et quitter‖ l’ombre de son clocher.Quand son patron, un soir,‖ au repas de famille,Annonce qu’à Paris‖ on a pris la BastilleEt raconte plus tard‖ qu’on y traite en vaincuCe roi dont le profil‖ brille sur chaque écu,L’enfant, certe, est surpris,‖ mais il ne comprend guère ;Et ce n’est que trois ans‖ après, quand vient la guerre,Que, jeune homme, il s’émeut‖ pour le danger public.
« Vive la nation !‖ n L’outrage de BrunswickLe soufflette et lui met‖ la chaleur à la joue.Un jour qu’il est en train‖ de ferrer une roue,Il entend le tambour,‖ là-bas, près du marché.Il y court. Le tribun,‖ sur l’estrade juché,Criant, gesticulant‖ et parlant comme un livre,La foule, les soldats,‖ les drapeaux, tout l’enivre.Bras nus, tenant encor‖ d’une main son outil.Vite il signe, il s’enrôle,‖ il réclame un fusil.A son robuste corps,‖ du premier coup, adhèreCet habit bleu qui va‖ devenir légendaireEt qui, pendant vingt ans,‖ fera fuir l’ennemi ;Et, devant le moulin‖ mitraillé de Valmy,Voilà qu’il sent en lui‖ battre un cœur intrépide.
C’était alors un temps‖ d’avancement rapide ;Mais le simple soldat‖ Jean Morel, — c’est son nom,Malgré son brave instinct‖ de marcher au canonEt le fusil d’honneur‖ que Jourdan lui décernePour ses hauts faits, n’a nul‖ bâton dans sa giberne.La main près de la tempe‖ et de respect roidi,Quand il vient saluer‖ Bonaparte, à Lodi,Du nom de caporal,‖ il n’a pas d’autre grade.Il n’avancera pas‖ comme le camaradeFait empereur après‖ avoir été consul ;Il n’aura pas, le soir‖ de Wagram ou d’Eckmühl,Quelque titre princier‖ à graver dans l’histoire ;Mais ce Français, quand même,‖ aura sa part de gloire.Son temps est encombré‖ de héros, mais l’un d’eux,C’est lui. Sur un vieux sphinx‖ datant de Rhamsès Deux,Près du Caire, il inscrit,‖ sous son nom qu’il parafe :« Sergent de grenadiers »‖ sans faute d’orthographe,Et Kléber, qui l’embrasse‖ au combat du Thabor,Lui fait enfin donner‖ une épaulette d’or.
Officier ! Lui ! L’enfant‖ du peuple se demandeSi c’est possible. Il porte‖ une épée, il commandeEt même aux vieux soldats‖ doit parler d’un ton bref.Quel rêve ! Il veut alors‖ s’instruire, étant un chef.On lui prête un Corneille,‖ un Homère ; il s’exaltePour Ossian, et quand‖ le régiment fait halte,Près des faisceaux formés‖ sur le bord du chemin,On voit le lieutenant,‖ pensif, un livre en main.Mais souvent le canon‖ interrompt sa lecture.
Après cette campagne‖ en Égypte, si dure,— Pas de chance ! — il revient‖ trop tard pour Marengo.L’empereur, murmurant :‖ Delenda Carthago,Devant la flotte anglaise,‖ à Boulogne, où la briseTravaille et fait flotter‖ sa redingote grise,Reconnaît en passant‖ cet obscur officier.De son œil pénétrant‖ et clair comme l’acier,Qui, d’un coup, juge et pèse‖ un homme, il le regarde,Sourit, lui prend l’oreille‖ et le met dans sa garde.
Voilà donc, pour dix ans,‖ Morel dans les grognards.Il n’aura qu’à Smolensk‖ la graine d’épinardsEt la croix d’or qu’après‖ Champaubert. Mais qu’importe !Lorsque, suivi de son‖ éblouissante escorte,Calme sur un ardent‖ cheval, simple, — et si beau ! —Paraît le demi-dieu,‖ l’homme au petit chapeau,Fanatique, Morel‖ n’a qu’un désir, le suivre.Depuis le froid matin‖ où, sur l’aigle de cuivreDes hauts bonnets à poil‖ rangés en bataillons,Le soleil d’Austerlitz‖ a jeté ses rayons,Cet homme s’habitue‖ à l’extraordinaire.Il vit tranquillement‖ dans un bruit de tonnerre.Sans s’étonner, il fait‖ ce rêve épique et fou,Entre à Vienne, à Berlin,‖ à Madrid, à Moscou.Il est présent‖ lorsque les rois‖ font antichambreChez l’Empereur qui prend‖ l’Europe, la démembre,Et leur en jette avec‖ dédain quelques lambeaux.
Après ce que Morel‖ a vu sous les drapeaux,Il sait être, dans cette‖ Iliade sublime,Un Diomède obscur,‖ un Ajax anonyme.Le triomphe est si grand‖ que la postérité,Songe-t-il, doutera‖ de la réalité.Au fond de l’avenir‖ lointain et sans limite,Ils seront confondus‖ par la fable et le mythe,Tous ces héros autour‖ d’un héros sans pareil,Avec le zodiaque‖ aux ordres du soleil ;Et, tôt ou tard, — cet humble‖ en frémit jusqu’aux moelles, —Sa croix d’honneur sera‖ l’une de ces étoiles !
Tel est l’homme qu’après‖ le retour des Bourbons,Quand on change drapeaux,‖ cocardes et pompons,Et qu’on gratte les N couronnés, son villageVoit revenir un jour,‖ pauvre, vieux avant rage,Pour toujours triste, mais‖ plein de gloire et d’honneur.Il se marie, un fils‖ lui naît et — quel bonheur ! —Quand, avec un bâton,‖ l’enfant dit : « Portez… arme ! »Le commandant contient‖ avec peine une larmeEt, depuis lors, dans sa‖ retraite, a moins d’ennui.D’ailleurs on le vénère‖ et tous sont fiers de lui.Pour qu’il sourie un peu‖ sous sa moustache austère,Tous les gamins lui font‖ le salut militaire ;Et quand, dans son jardin,‖ il s’attarde, le soir,Les gars, en le voyant‖ poser son arrosoirEt regarder, songeur‖ et redressant sa taille,Un ciel ensanglanté‖ comme un champ de bataille,S’imaginent aussi‖ qu’au-dessus de leurs fronts,Passe le furieux‖ galop des escadronsDevant Napoléon,‖ là-bas, dans la fumée,Et se disent : « Le vieux‖ pense à la Grande Armée ! »
Enfin il meurt, et c’est‖ un deuil dans le canton.On tire sur sa tombe‖ un feu de peloton.Il meurt las et vaincu,‖ mais l’âme consolée,Et certain qu’après tant‖ de gloire accumulée,Malgré bien des revers‖ et des revers encor,La France ne peut pas‖ épuiser ce trésor !
Le Père
L’enfant qui, tout petit,‖ apprenait l’exerciceEt faisait, en papier,‖ des bonnets de police,Prosper Morel s’engage,‖ ayant le diable au corps,Pour partir en Alger,‖ comme on disait alors.Les lauriers poussent vite‖ en ce climat féerique.Ce spahi devient l’un‖ de ces héros d’Afrique,Coiffés de la chéchia,‖ drapés dans le burnous,Viveurs, élégamment‖ débraillés, mais qui tousDoivent le martial‖ éclat qui les entoureA des actes de mâle‖ et superbe bravoure,Comme à Sidi-Brahim‖ et comme à Mazagran.
Ce charmant cavalier‖ au cœur de vétéran,Dont les beaux yeux et les‖ allures pittoresquesFont, sous leurs voiles blancs,‖ rêver bien des Moresques,Charge comme Murat.‖ Plusieurs fois, des témoinsL’ont vu, sabre au fourreau,‖ cravacher les Bédouins.Mainte face bronzée‖ en garde encor l’empreinte.A la cantine, on conte,‖ à l’heure de l’absinthe,Que, devant vingt fusils‖ que sur lui l’on braquait,Il alluma sa pipe‖ en battant le briquet.Il est fameux dans cette‖ admirable conquêteOù les clairons français,‖ qui sonnaient « la casquette »Et vers le Sahara‖ guidaient nos bataillons,Repoussaient devant eux‖ Arabes et lions.Aussi quelle carrière‖ heureuse ! Alger la Blanche,Quand, du Sud, il y vient‖ parfois, voit, sur sa manche,Deux, trois, quatre galons‖ se tordre en trèfles d’or.Le vieux Bugeaud le prend‖ dans son état-major.Plus tard, en Kabylie,‖ encore il se distingue.Puis l’Empereur — que les‖ frondeurs nomment Badingue —Près du trône, à Paris,‖ veut ce bel africain.Il s’y plaît, bien qu’il soit‖ trop souvent en pékin ;Mais, le matin, sur les‖ boulevards plantés d’ormes,Autour du Champ de Mars,‖ quels brillants uniformes !
Le voilà, sans regret‖ de son vieux yatagan,Colonel des chasseurs‖ au talpack d’astrakan.C’est en cinquante-sept,‖ le plein midi du règne.L’heureux homme ! Il galope‖ aux chasses de Compiègne.Aux bals de cour, il est‖ le valseur — combien chic ! —De la Castiglione‖ et de la Metternich.La fortune le traite‖ encor mieux qu’il n’espère.Il prend femme et d’un bel‖ enfant il devient père.Il passe général,‖ le soir de Magenta ;Et que de fleurs, que de‖ baisers on lui jetaDes balcons de Milan‖ pleins de toilettes fraîches,Dans ce jour triomphal‖ où le Dôme aux cent flèches,Bouquet de marbre blanc,‖ flambait au gai soleil !Sa vie est un bien beau songe !
Le canon d’outre-Rhin,‖ brutal, vient de répondreAux « oui » du plébiscite,‖ et l’Empire s’effondre.« A Berlin ! A Berlin !‖ » criait-on tous les soirs.Mais, soudain, l’innombrable‖ armée aux casques noirsBat les murs de Strasbourg,‖ couvre toute l’Alsace.A Wœrth, grâce aux canons‖ chargés par la culasse,Les Prussiens ont fauché‖ cuirassiers et turcos ;Et Paris croit entendre,‖ en de lointains échos,Tout en accumulant‖ poudre, armes, blés et viandes,Le bruit lourd et rythmé‖ des bottes allemandes.
Le général Morel‖ campe sous Metz, et là,L’ancien spahi, le beau‖ sabreur de la Smala,Devant ses escadrons‖ est stupéfait et sombre.Quoi ? Les Français seraient‖ écrasés sous le nombre ?Jamais ! Ses cavaliers‖ vaincront, dix contre cent.« Chargez ! » Mais un obus‖ éventre son pur sangEt lui-même est criblé‖ d’éclats, à Gravelotte.A l’ambulance, dans‖ la ville où déjà flotteL’odeur de trahison,‖ More ! hors de combat,Pendant tout le blocus,‖ se tord sur un grabat,Furieux, maudissant‖ la fièvre et la tisane ;Et quand, bien faible encor,‖ mais rejetant sa canne,Il réclame son sabre‖ et son cheval sellé,— Ô honte ! ô désespoir !‖ — Metz a capitulé.Quels jours affreux ! Dans les‖ wagons où l’on entasseLes tristes prisonniers‖ de guerre, il prend sa place,Les yeux mornes, le front‖ baissé, n’en pouvant plus ;Et quand le train s’ébranle,‖ il voit, sur le talusOù les ont enfoncés‖ les vainqueurs pleins de haine,Nos aigles, nos drapeaux‖ que leur livra Bazaine.Oui, nos drapeaux plantés dans la boue !
Oh ! cela,Pour le Fils d’un vainqueur‖ d’Arcole et d’Iéna,C’est la pire, la plus‖ atroce des tortures.Il pousse un cri d’horreur‖ qui rouvre ses blessures.Moribond, il arrive‖ à Dantzig, et, là-bas,Voilà qu’il pense au fils‖ qu’il ne reverra pas,Au fils qu’il a laissé‖ dans Paris, au collège,Et qui, dans bien des jours,‖ quand finira le siège,Apprendra seulement‖ qu’il est un orphelin.Pauvre père ! Il sanglote‖ alors. Son cœur est plein,Pour son unique enfant,‖ de tendresse infinie.Pourtant il a la force,‖ avant son agonie,D’écrire, en relevant‖ sous le drap ses genoux :
« Je meurs. Adieu, mon fils.‖ Sois soldat. Venge-nous. »
Le Fils
Se rappelant toujours‖ cet ordre laconique,Le fils du général‖ entre à Polytechnique.Il en sort en bon rang bourré d’algèbre et d’x ;Et — l’annuaire est là —‖ Morel (Victor-Félix)Depuis plus de vingt ans‖ sert dans l’artillerie.
C’est l’officier modèle‖ et, dans sa batterie,Ses hommes qu’il a su‖ conquérir par le cœur,Étant bon sans faiblesse‖ et juste sans rigueur,Quand ils disent entre eux‖ ce mot « le capitaine »,Ont, dans leur regard jeune,‖ une fierté soudaine.Ils sentent, pour ce chef‖ pourtant peu galonné,L’affectueux respect‖ qu’inspire un frère aîné.Sur son ordre, ils sont prêts‖ à toutes les prouesses,Et ces braves garçons,‖ pour défendre leurs pièces,Se feraient avec lui‖ tuer jusqu’au dernier.D’ailleurs le capitaine‖ est un beau cavalierEt, sans abandonner‖ les livres et l’étude,De tous les rudes sports‖ il garde l’habitude.Il a l’air martial‖ et fort comme pas un,Quand il conduit, si bien‖ campé sur son bai-brun,Son long train de canons,‖ d’affûts et de prolonges.Alors, dans ses yeux clairs,‖ flottent encor les songesDe sa jeunesse, hélas !‖ si lointains maintenant,Lorsque, sous son képi‖ tout neuf de lieutenant,Il rêvait de brandir‖ au soleil de l’ArgonneL’acier de son épée‖ et l’or de sa dragonneEt de montrer à ses‖ canonniers au trot lourd,Là-bas, à l’horizon,‖ la flèche de Strasbourg.
C’est l’intime douleur‖ de ce soldat de raceDe sentir que toujours‖ de plus en plus s’effaceEt pâlit l’héroïque‖ espoir de ses vingt ans.Oh ! longtemps il a pris‖ patience, longtempsIl s’est dit :
« La blessure‖ est-elle bien fermée ?Travaillons ! Il nous faut‖ une invincible armée,Et nous crierons alors‖ vers l’Est : Quand vous voudrez ! »
Que d’excellents soldats‖ il nous a préparés,Ce bon Français, dans la « ‖réserve » et dans l’« active » !Combien de fois il s’est‖ redit — âme naïve —Le mot si décevant‖ sur l’Alsace et sur Metz :« Pensons-y tous les jours‖ et n’en parlons jamais ! »Mais, un jour, il comprit‖ qu’à force de silence,Le pays oubliait‖ l’atroce violenceEt la frontière ouverte,‖ ainsi qu’un amputéS’accoutume à la longue‖ à son infirmité,Et qu’ainsi la revanche‖ était plus qu’incertaine.
Oui, c’est là le constant‖ chagrin du capitaine.Que sa triste carrière‖ ainsi doive finir,Qu’il reste un officier‖ pauvre et sans avenir,Il s’y résigne. On peut‖ tout aussi bien combattrePour sa patrie avec‖ trois galons qu’avec quatre.Non, aujourd’hui, ce qui‖ le navre, c’est qu’il sentQue son pauvre pays‖ vers l’abîme descend,Grisé d’un idéal‖ pour la race future,Que démentent, hélas !‖ l’histoire et la nature.Il sait que sous les mots‖ de paix, d’humanité,La chimère souvent‖ masque la lâcheté.Longæ mala pacis,‖ a dit le vieux Tacite.On devient veule et mou.‖ Le plaisir seul excite.Il faut jouir par tous‖ les pores de la peau.La vie est bonne. On craint‖ la mort. Et le drapeau,Muet témoin blâmant‖ l’égoïsme et ses vices,Semble un faux dieu qui veut‖ de sanglants sacrifices.
L’armée existe encore,‖ oui, celle qu’on rêvaitVictorieuse, aux bords‖ du Rhin. Qu’en a-t-on fait ?Elle sert maintenant‖ à dompter des tumultes,Avec l’ordre formel‖ de subir les insultesEt, sans jamais broncher,‖ de recevoir les coups.Elle applique des lois‖ infâmes. Nos pioupious,Au siège d’un couvent‖ de femmes en cornette,Ont armé leurs fusils‖ du sabre-baïonnette,— Quelle dérision !‖ — comme si l’on allaitLes mitrailler avec‖ des grains de chapelet.L’abjecte politique‖ ici répand ses lèpres.Tel brave commandant —‖ sa femme allant aux vêpresNe doit plus obtenir‖ un grade mérité.Au mess des lieutenants,‖ où la franche gaîtéRégnait jadis, chacun‖ se tient sur la réserveEt parle peu, songeant‖ que la Loge l’observeEt que peut-être, à table,‖ est assis un Judas.
Voilà le nouveau sort‖ de nos pauvres soldats.Mais ce qui, plus que tout,‖ épouvante et désoleLe capitaine, c’est‖ que des maîtres d’école,Qui jadis montraient Metz‖ et Strasbourg sur l’atlas,Pervertis par Hervé,‖ Jaurès et Thalamas,Enseignent aux petits‖ Français que la patrieN’est plus qu’une stupide‖ et vieille idolâtrieEt que « Guerre à la guerre !‖ » est le plus beau des cris.Et Morel, accablé,‖ songe aux futurs conscrits,Dès l’enfance infectés‖ de sottise primaireEt certains — sauront-ils‖ seulement la grammaire ?Qu’ils auront pour devoir,‖ en cas d’invasion,Le refus d’obéir‖ et la désertion !
C’en est trop ! Le vaillant‖ homme se décourage.
Pourtant, lorsque, le soir,‖ rongeant sa sourde rage,Il rentre dans sa chambre‖ et qu’il voit, sur le mur,Des armes que le temps‖ ternit d’un souffle obscur,— Souvenirs vénérés,‖ reliques de famille, —Il relève son front‖ chagrin et son œil brille.Oui, tout son patrimoine‖ est là : Fusil d’honneur,Paire de pistolets‖ donnés par l’Empereur,Insignes de combat‖ aux formes surannées,Hausse-cols avec l’aigle,‖ épaulettes fanées,Et près des vieilles croix‖ au ruban tout pâli,Le sabre d’Austerlitz‖ et le sabre d’Isly.
Le patriote alors‖ respire une boufféeD’orgueil français devant‖ son intime trophée.Rassuré par l’aspect‖ de ce trésor, le seulQu’il possède, il se dit‖ qu’au temps de son aïeul,La France en armes fut‖ presque surnaturelle.Il évoque, attendri,‖ son père mort pour elle.Dans l’avenir — lointain,‖ qu’importe ? — il reprend foi.Chère patrie ! Il se‖ souvient qu’avant Rocroi,Avant Denain, avant‖ Zurich, sous la pousséeD’invasion, sa vie‖ était bien menacée,Mais qu’alors son génie‖ immortel lui donna,Pour la sauver, Condé,‖ Villars et Masséna.Puis le rêveur la suit‖ dans sa longue légende.Que de temps il fallut‖ pour la faire si grande !Mais il la voit, malgré‖ guerres et factions,Lentement devenir‖ reine des nationsEt vaincre les malheurs‖ dont son histoire est pleine,Du bûcher de Rouen au‖ roc de Sainte-Hélène.
« Non, la France n’est pas‖ en décadence ! Non !Que le danger surgisse !‖ Un seul coup de canonChassera les affreux‖ nuages d’anarchie ! »
C’est terrible pourtant,‖ la frontière franchie,La guerre, tant de sang !‖… Ce brave hésite un peuEt, comme il est chrétien,‖ il songe à prier Dieu.Mais les armes sont là,‖ de l’aïeul et du père.L’héritage d’honneur‖ ordonne qu’il espère.Le capitaine alors,‖ d’un cœur religieux,Implore avec ardeur‖ le ciel et les aïeux,Et, l’âme d’un courage‖ inébranlable emplie,Fait un signe de croix‖ devant la panoplie.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 172((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 13 distiques
- Mots à la rime
- a paysans / ans masculine, classiqueb apprentissage / sage féminine, classiquea chercher / clocher masculine, classiqueb famille / Bastille féminine, classiquea vaincu / écu masculine, classiqueb guère / guerre féminine, classiquea public / Brunswick masculine, classiqueb joue / roue féminine, classiquea marché / juché masculine, classiqueb livre / l’enivre féminine, classiquea outil / fusil masculine, classiqueb adhère / légendaire féminine, classiquea l’ennemi / Valmy masculine, classiqueb intrépide / rapide féminine, classiquea nom / canon masculine, classiqueb décerne / giberne féminine, classiquea roidi / Lodi masculine, classiqueb grade / camarade féminine, classiquea consul / d’Eckmühl masculine, classiqueb l’histoire / gloire féminine, classiquea d’eux / Deux masculine, classiqueb parafe / d’orthographe féminine, classiquea Thabor / d’or masculine, classiqueb demande / commande féminine, classiquea bref / chef masculine, classiqueb s’exalte / halte féminine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb lecture / dure féminine, classiquea Marengo / Carthago masculine, classiqueb brise / grise féminine, classiquea officier / l’acier masculine, classiqueb regarde / garde féminine, classiquea grognards / d’épinards masculine, classiqueb qu’importe / escorte féminine, classiquea beau / chapeau masculine, classiqueb suivre / cuivre féminine, classiquea bataillons / rayons masculine, classiqueb l’extraordinaire / tonnerre féminine, classiquea fou / Moscou masculine, classiqueb antichambre / démembre féminine, classiquea lambeaux / drapeaux masculine, classiqueb sublime / anonyme féminine, classiquea postérité / réalité masculine, classiqueb limite / mythe féminine, classiquea pareil / soleil masculine, classiqueb moelles / étoiles féminine, classiquea Bourbons / pompons masculine, classiqueb village / rage féminine, classiquea d’honneur / bonheur masculine, classiqueb arme / larme féminine, classiquea d’ennui / lui masculine, classiqueb austère / militaire féminine, classiquea soir / arrosoir masculine, classiqueb taille / bataille féminine, classiquea fronts / escadrons masculine, classiqueb fumée / Armée féminine, classiquea canton / peloton masculine, classiqueb consolée / accumulée féminine, classiquea encor / trésor masculine, classiqueb l’exercice / police féminine, classiquea corps / alors masculine, classiqueb féerique / d’Afrique féminine, classiquea burnous / tous masculine, classiqueb entoure / bravoure féminine, classiquea Mazagran / vétéran masculine, classiqueb pittoresques / Moresques féminine, classiquea témoins / Bédouins masculine, classiqueb l’empreinte / l’absinthe féminine, classiquea braquait / briquet masculine, classiqueb conquête / casquette féminine, classiquea bataillons / lions masculine, classiqueb Blanche / manche féminine, classiquea d’or / état-major masculine, classiqueb distingue / Badingue féminine, classiquea africain / pékin masculine, classiqueb d’ormes / uniformes féminine, classiquea yatagan / d’astrakan masculine, classiqueb règne / Compiègne féminine, classiquea chic / Metternich masculine, classiqueb n’espère / père féminine, classiquea Magenta / jeta masculine, classiqueb fraîches / flèches féminine, classiquea soleil / songe / réveil masculine, classiqueb répondre / s’effondre féminine, classiquea soirs / noirs masculine, classiqueb l’Alsace / culasse féminine, classiquea turcos / échos masculine, classiqueb viandes / allemandes féminine, classiquea là / Smala masculine, classiqueb sombre / nombre féminine, classiquea cent / sang masculine, non classiqueb Gravelotte / flotte féminine, classiquea combat / grabat masculine, classiqueb tisane / canne féminine, classiquea sellé / capitulé masculine, classiqueb entasse / place féminine, classiquea plus / talus masculine, classiqueb haine / Bazaine féminine, classiquea boue / cela / d’Iéna masculine, classiqueb tortures / blessures féminine, classiquea là-bas / pas masculine, classiqueb collège / siège féminine, classiquea orphelin / plein masculine, classiqueb infinie / agonie féminine, classiquea genoux / Venge-nous masculine, classiqueb laconique / Polytechnique féminine, classiquea d’x / Victor-Félix masculine, classiqueb l’artillerie / batterie féminine, classiquea cœur / rigueur masculine, classiqueb capitaine / soudaine féminine, classiquea galonné / aîné masculine, classiqueb prouesses / pièces féminine, classiquea dernier / cavalier masculine, classiqueb l’étude / l’habitude féminine, classiquea un / bai-brun masculine, classiqueb prolonges / songes féminine, classiquea maintenant / lieutenant masculine, classiqueb l’Argonne / dragonne féminine, classiquea lourd / Strasbourg masculine, non classiqueb race / s’efface féminine, classiquea ans / longtemps masculine, classiqueb dit / fermée / armée féminine, classiquea voudrez / préparés masculine, classiqueb active / naïve féminine, classiquea Metz / jamais masculine, classiqueb silence / violence féminine, classiquea amputé / infirmité masculine, classiqueb qu’incertaine / capitaine féminine, classiquea finir / avenir masculine, classiqueb combattre / quatre féminine, classiquea sent / descend masculine, classiqueb future / nature féminine, classiquea d’humanité / lâcheté masculine, classiqueb Tacite / excite féminine, classiquea peau / drapeau masculine, classiqueb vices / sacrifices féminine, classiquea rêvait / fait masculine, classiqueb tumultes / insultes féminine, classiquea coups / pioupious masculine, classiqueb cornette / sabre-baïonnette féminine, classiquea allait / chapelet masculine, classiqueb lèpres / vêpres féminine, classiquea mérité / gaîté masculine, classiqueb réserve / l’observe féminine, classiquea Judas / soldats masculine, classiqueb désole / d’école féminine, classiquea l’atlas / Thalamas masculine, classiqueb patrie / idolâtrie féminine, classiquea cris / conscrits masculine, classiqueb primaire / grammaire féminine, classiquea d’invasion / désertion masculine, classiqueb décourage / rage féminine, classiquea mur / obscur masculine, classiqueb famille / brille féminine, classiquea d’honneur / l’Empereur masculine, classiqueb surannées / fanées féminine, classiquea pâli / d’Isly masculine, classiqueb bouffée / trophée féminine, classiquea seul / aïeul masculine, classiqueb surnaturelle / elle féminine, classiquea foi / Rocroi masculine, classiqueb poussée / menacée féminine, classiquea donna / Masséna masculine, classiqueb légende / grande féminine, classiquea factions / nations masculine, classiqueb pleine / Sainte-Hélène féminine, classiquea Non / canon masculine, classiqueb d’anarchie / franchie féminine, classiquea peu / Dieu masculine, classiqueb père / espère féminine, classiquea religieux / aïeux masculine, classiqueb emplie / panoplie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
347 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes de François Coppée, Paris, Alphonse Lemerre, 1925· numérisation poesies.net· Sources