Sonnets intimes et Poèmes inédits, 1925· Deuxième partie
A Édouard Plouvier
N’êtes-vous pas émus‖ quand, dans le ciel d’été,Vous voyez tout à coup‖ une étoile qui tombe !N’êtes-vous pas émus,‖ quand, pour l’éternité,Sur un poète aimé‖ se referme la tombe !
Car n’est-ce pas toujours‖ un flambeau qui s’éteintEt qui ne guide plus‖ notre marche inquiète !Notre cœur n’est-il pas‖ également atteintPar la chute d’un astre‖ et la mort d’un poète ?
Plouvier ! — Jamais, hélas !‖ le hasard des cheminsN’avait mis devant moi‖ ce doux et pur artiste.Nous n’avions pas serré‖ nos fraternelles mains ;Mais, le jour où j’appris‖ sa fin, mon cœur fut triste.
Car, si de son labeur‖ le poète est payéDans la vie éternelle,‖ — on dit qu’elle est meilleure, —Je savais qu’ici-bas,‖ ayant bien travaillé,Sombre et sans récompense,‖ il partait avant l’heure.
Cependant il avait‖ longtemps, avec effort,Labouré, pour avoir‖ cette récolte amère,Lutté contre les flots,‖ sans atterrir au port,Et, sans toucher le but,‖ chevauché la chimère.
Le peuple des faubourgs‖ savait par cœur ses chants,Et ses contes berçaient‖ l’enfance avec tendresse ;A ses drames émus,‖ terribles ou touchants,La foule avait battu‖ des mains, pleine d’ivresse.
Et voilà qu’il mourait,‖ pauvre et presque oublié !Mais sa ville natale‖ enfin lui rend justice,Et moi je viens, tout fier‖ de l’honneur octroyé,Afin que sa mémoire‖ en mes vers retentisse.
Et toi, vieille cité‖ dont on trouve le nomDans les plus glorieux‖ feuillets de notre histoire,Toi qui vis l’Armagnac‖ s’unir au Bourguignon,Avant que de chasser‖ l’Anglais du territoire,
Arras aux nobles murs,‖ où les plus triomphantsSont venus se briser,‖ depuis Louis le Juste,Oui, tu fais bien, à l’un‖ de tes meilleurs enfants,De donner ce laurier‖ et de dresser ce buste.
Car, s’il ne faut jamais‖ prostituer l’airain,Si l’idole d’hier‖ est souvent abattue,Le poète survit‖ dans son marbre serein,Et sa gloire est un bon‖ ciment pour sa statue.
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a d’été / l’éternité masculinea s’éteint / atteint masculineb inquiète / poète fémininea chemins / mains masculineb artiste / triste fémininea payé / travaillé masculineb meilleure / l’heure fémininea effort / port masculineb amère / chimère fémininea chants / touchants masculineb tendresse / d’ivresse fémininea oublié / octroyé masculineb justice / retentisse fémininea nom / Bourguignon masculineb histoire / territoire fémininea triomphants / enfants masculineb Juste / buste fémininea l’airain / serein masculineb abattue / statue féminine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes de François Coppée, Paris, Alphonse Lemerre, 1925· numérisation poesies.net· Sources