Sonnets intimes et Poèmes inédits, 1925· Deuxième partie
A la mémoire de Corot
Lorsque le printemps, cette année,Revint sur les ailes d’avril,La campagne fut étonnéeEt songea : « Que me manque-t-il ? »
En s’ouvrant, la première rose,Quand vint s’y poser le bourdon,Dit, triste, à l’insecte morose« Ce mois de mai, qu’avons-nous donc ?
Les bleuets et les campanulesFurent moins joyeux, cette fois.Les rossignols, aux crépuscules,Eurent des sanglots dans la voix.
Les aubépins que le vent frôleJetèrent moins gaîment leurs fleurs ;Les bois soupirèrent ; le sauleSembla verser bien plus de pleurs ;
Après une halte plus prompte,L’oiseau s’envola des lilas.Tout enfin semblait avoir honteDe sa joie et disait : « Hélas ! »
— Hélas ! si la campagne est priseDe ce mystérieux souci,C’est qu’un bonhomme en blouse griseNe revient plus, ce printemps-ci.
Oui, c’est sans doute qu’elle penseQue Corot, que son vieil ami,Pour faire une aussi longue absence,Doit être à jamais endormi ;
C’est qu’à la ville, bien loin d’elle,Nous avons cloué ce cercueil,Et que de son amant fidèleLa nature a droit d’être en deuil.
1875.
Versification
- Forme
- 8 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 8(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 8 quatrains
- Mots à la rime
- a année / étonnée féminineb d’avril / manque-t-il masculinea rose / morose féminineb bourdon / donc masculinea campanules / crépuscules féminineb fois / voix masculinea frôle / saule féminineb fleurs / pleurs masculinea prompte / honte féminineb lilas / Hélas masculinea prise / grise féminineb souci / printemps-ci masculinea pense / absence féminineb ami / endormi masculinea d’elle / fidèle féminineb cercueil / deuil masculine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes de François Coppée, Paris, Alphonse Lemerre, 1925· numérisation poesies.net· Sources