Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869
Alter ego
J’ai vu jadis, au Vatican, un hermès d’hommeQui m’est resté de mes six mois passés à Rome.La tête avait double visage : un grave, un fouAmalgamés, par le ciseau, sur un seul cou.Le grave était un amateur de paix obscure,Sur son front clair on relisait tout Épicure ;Son doux regard, droit devant lui cherchant à voir,Semblait trouver la volupté sous le devoir.Son compagnon, le fou, portait plaisante oreille,Les yeux d’un faune, et, dans ses yeux, gaîté qui veille ;Sa bouche ouverte avait gardé l’amour des vinsEt des baisers, ces trésors chers aux dieux sylvains.— Presque attendri, tournant autour du marbre jaune,Je l’adulais, l’humble penseur doublé d’un faune ;Et je disais, en emportant ce souvenir :Un devin grec m’aura sculpté pour l’avenir.Oui, c’est bien moi, tel qu’en mes vers mi-fous, mi-sages ;Mon humeur double est un hermès à deux visages.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources