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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésie de Charles coran, 1887· De 1873 a 1878

L’école

Charles Coran· 46 vers

A Abel Hovelacque.

Savants, tirez le vrai du champ de l’hypothèse ;Des corps analysés donnez-nous la synthèse,Pour que, dans l’évidence enfermés, tes esprits,Les lents comme les prompts, répondent : « C’est compris ! »Alors __ car il viendra le tour de la science, —Les naturelles lois, lasses de patience,Envahissant l’École, apprendront aux enfantsCe que leur déguisaient les dogmes étouffants.La Bible sous les veux, le maître osera dire :« Le monde est incréé », sans se faire interdire ;Et les graves docteurs ne contesteront plusLorsqu’il ajoutera : « Le ciel n’a point d’élus. »S’il reste à la Bretagne un pédant de collège.Pour accuser encor le vrai de sacrilège,Vain retard ! le réel, prouvant, prouvant toujours,A Quimper-Corentin établira ses cours.En ce temps-là, les dieux, rangés selon l’histoire,Défileront devant le scolaire auditoire,Vieux, nouveaux, géants, nains, confondus froidementPar l’austère critique en un seul jugement ;Et le maître, arrivant à la vierge Marie,Dira du Sacré-Cœur : « Dernière idolâtrie !— Mais aujourd’hui, chercheurs, quel abîme à franchir !Les épouses sont là, mères qu’il faut fléchir.Son enfant dans les mains, entendez-vous la femme ?« Vous n’aurez pas mon fils, vous qui desséchez l’âme !A ces mots, un abbé paraît, et, doucereux,Se charge d’abêtir le petit malheureux.— Ah ! savants, croyez-en l’esprit des nobles races,Le culte du grand art vous attend sur leurs traces ;Où régna l’imposture, adorons la beautéEt, sous ses traits, l’amour, le respect, la bonté.Sitôt que la morale entrera dans vos classes,Pure comme Marie, avec l’attrait des Grâces,Et que par vous le Beau, dieu des gréco-latins,Des êtres généreux flattera les instincts, —Les femmes s’ouvriront aux doctrines nouvelles ;Vous trouverez alors les portes moins rebelles.Les pères rassurés vous chargeront, oui, vous,De former les penseurs, les soldats, les époux ;Et quand, le soir, l’élève heureux dans sa familleCaressera maman avec des bras de fille,Lui laissant voir, plus sage et meilleur qu’aujourd’hui,Comment ses professeurs sèment le bien en lui ;Messieurs, remettez-vous des épreuves amères,Les abbés malfaisants n’iront plus chez les mères.

46 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources