Poésie de Charles coran, 1887· De 1873 a 1878
L’attraction
O terre, qui pourrais, en tournant par le monde.Lancer le genre humain comme un caillou de frondeEt le réduire, au choc d’une étoile, en poussier !Ta loi d’attraction est-elle une tendresse ?Est-ce un soin maternel qui sur tes flancs nous presse,Nature, alma parens, au giron nourricier ?
Non, tu vas sans amour pour ta progéniture.Un nœud fatal nous lie à ta verte ceinture ;Quiconque en veut sortir cherche un prochain trépas.Dès qu’à courir les airs l’ambitieux s’égare,L’impitoyable loi précipitant Icare,L’écrase contre un sein qui ne tressaille pas.
La douceur s’y prend mieux que ta force, ô chimère,Pour ramener l’enfant dans les bras de sa mèreQuand le petit s’écarte, indocile ou distrait.Aveugle attraction, que ne sais-tu, comme elle,Animant d’un bon cœur la terrestre mamelle,Nous garder ici-bas par la loi de l’attrait !
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources