Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869
La dame aux cheveux d’or
Quand se laissa prendre une fois dernière,Déjà vieux pourtant, mon cœur faible encore,Grison, je n’obtins licence plénièreQue sur des cheveux, mais qui semblaient d’or.
Mon miroir, hélas ! m’a rendu modeste,Du jour où j’ai vu pâlir mon reflet ;Du ci-devant brun n’étant plus qu’un reste,J’ai banni l’espoir d’un bonheur complet.
Vraiment c’était bien un peu ma maîtresseQu’une dame assise entre mes genoux,A l’heure où mes doigts dénattaient sa tressePour l’en revêtir comme d’un burnous.
J’étais bien un peu l’amant de ma mie,Quand ce lourd manteau couvrait mon giron,Et qu’entre mes bras la fausse endormieS’enflait dans sa soie en faisant ronron.
Hors de ses langueurs la petite belleSe montrait fantasque et raide à l’excès.Un chaton gâté n’est pas plus rebelle ;Combien de travers dont je pâtissais !
Quel charme en retour dans son indolence !Il fallait la voir, sous le poil lustré,Goûter les pavots de la somnolence,Comme un angora cossument fourré.
Aussi, je l’aimais tout comme une chatte ;Et si quelquefois j’osais la toucherTout comme une femme, aussitôt sa patte,Les ongles tendus, voulait m’écorcher.
Pour la rassurer j’avais des pralines ;Et, sans jamais croire à son dévouement,J’amusais mes jours des grâces félinesDe ce joli monstre ingrat et gourmand.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources