Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869
Le tour du lac
Jadis en soupirait pour une femme honnête ;On dépensait des mois à tenter sa conquête.Mais vantez donc la peine aux galants d’aujourd’hui !L’amour naît d’un regard qui le promet commode :On le rencontre un soir, près des lacs à la mode,Et l’on revient du Bois en calèche avec lui.
Il faut de l’or : aimer n’appartient plus qu’au riche.Dès l’Étoile, on promet un saphir à la biche ;Déjà vers l’Obélisque on ose être indiscret ;Puis, après le souper chez Foy, mademoisellePar un juste retour offre le thé chez elle,Et se donne à minuit. Voilà tout le secret.
Ah ! combien m’allait mieux de frôler sous la tableLe petit pied surpris d’une belle intraitable ;Et plus tard, quelle ivresse en pressant une main !Et quand, plus tard encor, la dame, toujours sage,De ma rose d’un sou décorait son corsage,Je trouvais que mon cœur était en bon chemin.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources