Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869
Scène de mœurs
Ce Paris débauché m’irrite,O ville insensible à mes chants !Je fuis où la pudeur s’abrite.J’arrive à Port-Royal des Champs.
Je m’assieds sur un banc de mousseVestige des chastes penseurs,Avec l’idée honnête et douceD’y retrouver leurs bonnes mœurs.
Mais le sort, qui partout s’amuseA turlupiner mes projets,Ose étaler devant ma museDes frasques de mauvais sujets :
Je vois s’ébattre dans les roncesDeux mouches dont l’une, l’amant,De l’espèce, hélas ! des Alphonses,Mène sa dame indignement.
Las d’amour, mais resté sur elleA cheval pour l’éperonner,Il la monte en jument de selleEt part au vol se promener.
L’autre, attachée à ce vil rôle,Cherche après les plus jeunes fleurs,S’y pose, et régale le drôleDe sirops de toutes couleurs.
Il a faim : sur une framboise,Vite, la belle offre un soupéOù ce goujat de Seine-et-OiseLa traite comme un canapé.
Monsieur, repu, veut qu’on l’endormeElle l’emporte en voletant,Et pour la sieste, sous un orme,Devient son lit ; c’est révoltant.
Comprenez-vous ? L’odieux êtreSe fait par elle entretenir.Si telle est ta pudeur champêtre,France, je plains ton avenir.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources