Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869
Scène de prétoire
Phryné que l’on jugeait, se sentant compromise,Devant l’Aréopage enleva sa chemise,Prouva qu’elle était belle, et gagna son procès.La ruse est d’autre sorte où siègent des Français :La dame ôte son gant dans cette conjoncture,Et montre sa main blanche à la magistrature ;Or, malgré mon respect pour la cour de Paris,J’admets qu’assez souvent les juges y sont pris.Le tour païen me plaît d’une Grecque élégante,Mais aux chrétiens sied mieux la main qui se dégante.Quel recours contre vous, orateur du parquet !Suivez bien la plaideuse en ce moyen coquet :Elle est lente, elle est grave : on suppose, à son geste,Que le gant croit commettre un acte peu modesteEt quand sa main paraît, — dirait-on pas vraimentQu’elle quitte, ô décence, un premier vêtement ?— Malheureux avocat de la chose publique,Monsieur le procureur, trouvez donc la répliqueAu témoignage en chair, si joliment tourné,De ces beaux petits doigts tout nus, comme Phryné !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources