Poésie de Charles coran, 1887· De 1873 a 1878
Sur l’herbe
Suprême orgueil de l’homme, ô soif de l’Infini,Je puis te subir ; t’abreuver ? nenni !
Mon esprit n’entre pas dans l’inintelligible :Qu’il s’enferme heureux dans le Beau tangible.
Pour nombrer l’éternel, mesurer l’absolu, —Mes ans, mes calculs n’auraient rien valu.
Je plains vos longs discours, docte métaphysique ;L’inconnu n’admet rien que la musique.
Laissez les sons plonger dans l’Océan divin ;Les mots, prose ou vers, le sondent en vain.
Que n’ai-je, au lieu de plume, une réelle lyreJe modulerais un vague délire.
À défaut d’harmonie, essaye, ô ma raison,Le silence ému dans l’humble gazon.
Couché la face en l’air, sous le céleste abîme,’De l’universel j’ai l’instinct sublime ;
Mais, vision sacrée, extatiques amours,Je vous sens venir… Raison, au secours !
Vous, distiques ici saccadés par prudence,Des alexandrins rompez la cadence,
De peur que leur accord, lyrisme harmonieux,M’entraîne à chercher le secret des cieux.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources