Poésie de Charles coran, 1887· Symbolique rimée
XII. « Ici m’interrompt la vertu »
Ici m’interrompt la vertu :« Sans dieu, dit-elle, où me prends-tu ? »Toi, femme instruite à la connaître,Défends-lui les leçons du prêtre.D’un livre ignorant recevoirLe catéchisme du devoir,Autant s’inculquer l’imposture.Le bien sort de notre culture :Il a fallu beaucoup faillirAvant l’heure de le cueillirSur le vieil arbre de l’histoire.Le droit, qui dispense de croire,Va supprimer le doux Jésus,Les oraisons, les vœux déçus,La crainte, et l’espoir qui se leurre ;La morale devient majeure ;L’intérêt, et non plus la foi,Grave les tables de la loi ;Au sommet de l’expérienceSurgit enfin la conscience,Et ce juge, une heure viendraOù de lui chacun dépendra. —Que la venu se réconforte!Elle aura, plus claire et plus forte,Son rang et son culte assurésEntre les symboles sacrés.— Elle, la charité, ma chère,Maigre aumône au pied de la chaire.Puisera clans le fonds commun ;Et d’indigents bientôt plus un !Ajoute aussi, pour me comprendre,Que les cœurs sauront mieux s’éprendre ;Car le vrai, le bien, la beauté,Notre Très-Sainte Trinité,Poliront les mœurs, tâche pie…— Faut-il m’accuser d’utopie ?
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources