Poésie de Charles coran, 1887· L’empire A J.-F. Thénard
Les drolesses
Je le demande à vos poupins :Que trouvent-ils chez vous, drôlesses,Qui prenez des airs galopinsPour aiguillonner leurs faiblesses ?
J’ai vu Finette sur portraits :Dieu la combla, rien ne lui manque ;Mais le bon tour à ses attraitsQue ces façons de saltimbanque !
Je me rappelle. — En ce temps-là,On portait le point d’Angleterre ;Aujourd’hui, capitan Rolla,Vous portez l’habit mousquetaire.
Je suis un Géronte étonné,Quand un soudard qui fut Perrette,Dans son landau capitonnéPasse en fumant la cigarette.
Pourquoi jouer les faux garçons ?Dirait-on pas que Vénus chôme,Et que ces femmes polissonsSuivent la mode de Sodome ?
Quoi ! pour séduire un damoiseauPompon singe le matamore !Mimi se campe en ragazzo !Rallumez-vous, feux de Gomorrhe !
Mais ces gamines sont charmants,On en rêve dans les collèges ;Eux, les papas et les mamansTrouvent lisibles leurs manèges ;
Et, dédaigneuse des grondeurs,La jeune vierge qui regardeAu détriment de ses pudeurs,Met son chapeau comme un cent-garde.
Voilà comment de tic en ticL’exemple envahit les familles,Tant qu’un beau jour le gros publicConfond nos filles et ces filles.
Enfants terribles du succès,A nous corrompre tout conspire ;Mais ribaudez, heureux Français,Dieu veille au salut de l’Empire !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources