Poésie de Charles coran, 1887· L’empire A J.-F. Thénard
Les votes de M. goujon
Pécheur électeur de Paris,Monsieur Goujon nomme à la ChambreDes partisans du Deux Décembre,Pour avoir du calme à tout prix.« Désormais tranquille,Comme en un donjon,Pèche, ami Goujon,Dans ta bonne ville.
« Puisque l’Empire c’est la paix,Nomme empereur le traître insigne ;Et fier d’un oui, jette ta ligneAu meilleur endroit de nos quais.Il s’agit d’attendre :Tiens ferme le jonc.Guette, ami Goujon ;Le poisson va prendre.
« Quand Mexico l’a mis à sec,Vote encore oui pour l’homme louche,Sans découvrir, ô gobe-mouche,Un hameçon près de ton bec.Le liège tournoie ;Est-ce un esturgeon ?Chut ! ami Goujon,Ça prend, quelle joie !
« Lorsqu’enfin ton César râpéTend le plébiscite à la France,Dis oui, mords avec assurance,Et l’électeur est attrapé.Pouf ! dans la fritureQui fait le plongeon ?Toi, pêcheur GoujonEn déconfiture. »
Août 1870.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources