Poésie de Charles coran, 1887· Les familiales A la mémoire De mon vaillant et regrette gendre Léon Godard
Retour a l’enfance
Au souvenir de ma mère
Plus je me sens vieillir, plus je retrouve en moiL’enfant du premier âge, et, ma mère, aussi toi,Jeune, venant le soir par un constant usagePencher sur mon berceau ton adoré visage,Et de tes doux regards ombragés de longs cilsVerser l’amour du beau dans l’âme de ton fils.— A cette heure, où plus rien de neuf ne me pénètre,J’aime dans mes propos laisser l’ancien renaître ;Et celle qui te vit vieille alors trépasser,Mon secours désormais, m’écoute ressasser.Le soir, quand ses grands soins pour ma santé précaireOnt fermé sur mon lit la blanche moustiquaire,Seul dans le clair-obscur sous le pâle réseau,Je redeviens petit, couché dans mon berceau.C’est alors que surgit après sa longue absence— Fleur qui dormait sous l’eau, fraîche au fond — l’innocence ;Mon instinct se réveille avec naïveté,J’éprouve une candeur encline à la bonté ;Mes goûts immaculés germent, je sens leurs sèves,Aurore de la vie, énamourer mes rêves.Et tout à coup mon cœur, gonflé par son roman,Fait frissonner ma bouche, et j’appelle : « Maman ! »
1880. Beaulieu.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources