Poésie de Charles coran, 1887
Le vin de jurançon
Petit vin doux de Jurançon,Êtes-vous gai dans ma mémoire !Avec mon hôte et sa chanson,Sous le berceau j’aimais vous boire.
Passant par là vingt ans après,Je trouve encor dans sa tonnelleL’heureux compère, assis au frais,Chantant la même ritournelle.
Le Jurançon, d’hier pressé,Coule déjà de la bouteille ;Le souvenir du temps passéAu bruit des glouglous se réveille.
Le verre au poing, rubis dans l’œil,Trinquons, buvons ! — Dieu, quel vinaigre !Jamais piquette d’ArgenteuilA mon palais ne fut plus aigre.
Pourtant c’est bien ce jus grivoisJadis le plus franc de la côte ;C’est vous, ma gaîté d’autrefois,Qui manquez au vin de mon hôte.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources