Poésie de Charles coran, 1887· De 1855 a 1857
Bain de mer
I
Sur ce rivage au sable lisseLe bain d’hier fut un délice ;L’Océan n’était plus amer.Dans les eaux d’une jeune blonde,Comme un triton, j’aimais sous l’onde,Et comme à Paris, à la mer.
Je disais devant chaque lame :« Que m’apportez-vous de la dame,Vous si retorse en vos larcins ? »Et, sur mon cœur pressant les vagues,Je mêlais mes étreintes vaguesA leurs frissons pris sur des seins.
L’élément qui partout pénètreM’inondait d’un secret bien-être ;J’y trouvais l’humaine chaleur,L’odeur aussi qu’une coquetteConserve exprès de sa toiletteEt que ravit le flot voleur.
J’aurais voulu sous la nuit closeProlonger ce bain à la rose.Quand la baigneuse en eut assez.Suivant ses courbes vers la plageJe pressais encore à la nageLes sillons qu’elle avait tracés.
II
Que j’ai changé d’un jour à l’autre !A mes pieds l’Océan se vautreLascif et câlin comme hier.Le sable est doux, l’air est sans brise ;Mais, ce matin, je les méprise :Pour me baigner je suis trop fier.
C’est que la nuit me fut heureuse ;Sur son lit de plume amoureuse,Dans le blanc roulis de ses draps,— D’y penser je brûle et frissonne, —J’ai senti la blonde personneS’abandonner entre mes bras.
Je suis couvert de ma maîtresse.J’ai la chaleur de son ivresse,J’ai les parfums de son toucher ;Mon être entier porte ses traces :Je ne veux plus que tu m’embrasses,Mer, garde-toi de m’approcher ! »
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources