Poésie de Charles coran, 1887
Parlez au suisse
La prose précédant des versMe rappelle un portier d’auberge ;Chacun, sans parler au concierge,Passe en regardant de travers.
Pour tenir chez moi cette place,Que l’avant-propos soit rimé !Sur son air de suisse emplumé,On consultera la préface.
Viens donc ici, maître Dubois ;Mets ton chapeau borde de cygne,Et fais honneur à la consigneDans la loge où flambe mon bois.
Four le maussade et le sectaireEt la prude qui se morfond.Dis : « Monsieur dort… » et reste au fondDe ton fauteuil à la Voltaire.
Mais pour l’artiste ou le galantOu la dame qui sait sourire,Debout ! maître Dubois, retireTon tricorne au plumage blanc.
Songe qu’avant de me connaîtreL’œil exercé du visiteurSur le maintien du serviteurVa deviner qui je dois être.
Laisse un suisse de turcaretImportuner par sa faconde ;Toi, mieux appris, prouve à ton mondeQue tu sers un hôte discret.
Sonne, sans phrase, un coup de cloche ;Montre, en t’inclinant, l’escalier.— J’entends, j’accours sur le palier :Tâchons de charmer qui s’approche.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources