Poésie de Charles coran, 1887· De 1846 a 1849
Attraits
J’ai le défaut des chèvres,Je tends vers tout mes lèvres ;Éternel embrasseur,C’est toujours par la boucheQue l’objet qui me toucheMe cause une douceur.
Amant des nuits sans voile,Quand j’admire une étoileMa bouche est dans mes yeux ;L’inaccessible dômeDoit sentir qu’un atome,D’en bas, baise les cieux.
J’adore mon VirgileComme un saint Évangile,Les lèvres sur Didon ;Mais en mordant de rageÉnéas, sur la pageDe son lâche abandon.
C’est ma bouche qui poseSi je flaire une roseDans un bouquet, au bal.Qu’à table un vin me plaise,En buvant je le baiseSur le bord du cristal.
Si la lèvre d’un vaseDans un jardin s’évaseComme un sourire heureux,Que rien ne me retienne !J’accolerai la mienneAu contour amoureux.
Par les temps de gelées,Dans le Bois sans feuilléesLes dames prennent l’air :Derrière je m’attacheA tremper ma moustacheDans leur souffle d’hiver.
L’été, sous les baigneusesLes rives sablonneusesDessinent leurs pas nus :Je m’étends sur la plage,Et ma bouche, en image,Presse les plus menus.
Que mes vers scandalisent !Les belles qui me lisentMe fouleront aux pieds ;O lectrices farouches,Exprès pour vos babouchesJe baise mes papiers !
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources