Poésie de Charles coran, 1887· De 1846 a 1849
Rose rosette
Nous cueillons au bois la noisetteRose en amasse un gros butin ;Et puis, la gentille RosetteVeut les manger dans un festin.
Trouvons donc une hôtellerieSe cachant sous les chèvrefeuils,Où croquer noire chatterie,Comme une paire d’écureuils.
Un Cupidon, lors de serviceDans les taillis du Vésinet,Aperçoit la Rose novice.Et vient m’offrir un cabinet.
Il écarte une vigne vierge ;Nous entrons dans un demi-jour :Quel faune a bâti cette aubergePour les dînettes de l’amour ?
L’enfant est nu, selon l’antique.Rose, rouge, a baissé les yeux ;J’ai dû prier ce domestiqueDe servir en habits moins vieux.
Il prend, ma foi, fort bien la chose :Vite il s’ajuste un tablier,Mais avec la cape de Rose, —Peut-on être aussi familier !
Déjà Rosette ouvre une amande.Le fripon, qui m’a reconnu,Me montrant du doigt la gourmande,Dit tout bas : « Voyez le menu ;
« Voici le pain blanc de ma huche,De ma crème le dessus blond,Le miel embaumé de ma rucheEt de mes pêchers le fruit rond.
Maintenant, monseigneur, à table ! »Et preste ! le garçon sortit.Ce garçonnet plus que traitableM’avait donné de l’appétit.
Rose m’offrait de sa noisette ;J’étais sur l’herbe à son côté ;J’allais goûter avec Rosette…Et de Rosette j’ai goûté.
Elle est fâchée ; il faut bien l’être.A petits coups je suis battu ;Punira-t-on le petit traîtreQui donne à croquer la vertu ?
Rosette, en reprenant sa cape,Appela le dieu : « Polisson ! »Mais il reçut, au lieu de tape,Une œillade pour le garçon.
Août 1846..
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources