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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésie de Charles coran, 1887· De 1846 a 1849

Une bonne fortune

Charles Coran· 48 vers

Des docteurs j’ai hanté l’écoleSans mettre à profit leurs leçons ;Je n’ai fait qu’un chercheur frivoleDe bluettes pour des chansons.

Sur mon chemin vienne une idée,Sujet galant, même un peu fou ;Sous la gouverne d’Asmodée,Je la suis le diable sait où.

Froide d’abord, elle s’esquive ;Tant mieux ! je flaire une primeur.Plus la belle semble rétive,Plu entreprend l’osé rimeur.

D’un ton si pressant je l’aborde !J’ai le propos si cavalier !Mon vers lui plaît, l’art nous accorde.Et je deviens son chevalier.

J’emmène alors mon amouretteCoqueter dans les champs voisins.J’orne de fleurs sa collerette ;Je la couronne de raisins.

Ou dans Paris je la câlineAvec des fleurs, des fruits encor ;Toutes roses en mousseline.Toutes grappes en perles d’or.

Quand à rentrer la nuit m’engage,Comment quitter une chanson !Je l’introduis dans mon ménageA la manière d’un garçon.

Mais je retrouve une maîtresseQue mon bonsoir vient d’offenser.Comprenez-vous ma maladresse ?Je scande au lieu de l’embrasser.

Moi, le matin, parti si tendre,Je suis de glace ; elle, d’airain,M’appelle Monsieur ; sans l’entendre,Je lui réponds par un quatrain.

Distrait pour l’heure où Ton se couche,— Fut-il jamais plus grand délit ? —J’attire encore, et sur ma bouche,Dame rime dans notre lit.

Ma jalouse alors me querelle :J’en aime une autre, assurément ;Je suis faux, parjure, infidèle…Elle me griffe en s’endormant.

Mais qu’au lever je la régaleD’une chanson qui lui convient ;Rose pardonne à sa rivale,Et c’est elle qui la retient.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources