Poésies de Charles coran, 1887
Ad Sodales
Chansonniers mes amis, écoutez donc la prose« La poésie a fait son temps ;Assez de vers, place au bon sens ;Que ma voix désormais s’impose ! »— Tant que la vigne et les buissonsDonneront le vin et la rose,Poètes, donnez vos chansons.
Mes amis, mes amis, écoutez donc encore :« Le siècle est à l’utilité ;Pour le bien de l’humanitéQue peut une rime sonore ? »— Pour consoler leurs nourrissonsLes mères chantent dès l’aurore.Poètes, donnez vos chansons.
Mes amis, mes amis, écoutez la superbe :« La France appelle les semeurs ;Laisserons-nous ces vains rimeursL’entretenir de mauvaise herbe ? »— Les vierges durant les moissonsChantent en bottelant leur gerbe.Poètes, donnez vos chansons.
Mes amis, mes amis, écoutez cette folle :« Altérés de savants discours,Les jeunes gens suivent des coursOù les vers n’ont pas la parole. »— La coupe en main, ces francs garçonsChantent Lisette après l’École.Poètes, donnez vos chansons.
Mes amis, mes amis, écoutez la demande :« La muse apprend-elle aux citésA défendre leurs libertés,Elle esclave de qui commande ? »Qu’un roi mérite des leçons :C’est en chantant qu’on le gourmande.Poètes, donnez vos chansons.
Chansonniers mes amis, n’écoutez pas la prose.Égayez la ville et les champs ;Courtisez les heureux penchants ;Charmez qui peine ou se repose.Tant que la langue aura des sonsPour conjurer le sort morose,Poètes, donnez vos chansons !
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources