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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de Charles coran, 1887

Élégances

Charles Coran· 48 vers

On pourra contester, mais c’est bien quelque choseD’avoir belle apparence et de sentir la rose.Qu’un dévot s’abandonne au mépris de son corps !D’autre humeur, j’en conviens, je soigne mes dehors.Arrière les fâcheux ! Si mon luxe vous gêne,Eh ! messieurs, libre à vous d’imiter Diogène ;Alexandre le Grand et votre serviteurS’arrangent d’un costume imprégné de senteur.Au fait, sur quel désir faut-il régler sa vie ?J’ai trouvé sans efforts le plus digne d’envie :Aimons, car c’est l’amour. Eh bien, répondez tous,Galants qui pratiquez les tendres rendez-vous :Dites comment s’apprête un secret tête-à-tête,Comment par l’élégance on aide une conquête ;Dites l’art de choisir le mieux dans ses tiroirsPour combiner sa mise entre les deux miroirs.Puis, flatté du reflet, on part, cambrant sa taille,Certain que son bon air gagnera la bataille ;On braverait les dieux ! On arrive, et l’accueilVous promet la victoire, oui, galant, dès le seuil.

Oh ! quand, les yeux baissés, désormais sans défense,La dame, femme enfin, n’objecte plus l’offense,Se laisse de vos bras mollement investir,Et sous la volupté semble s’anéantir,Oh ! que vivre est exquis en cet instant suprêmeOù le baiser se fond dans la bouche qu’on aime !La main sur vos lauriers, jurez-le par mes vers,Jamais rien de plus doux n’occupa l’univers.

Mais redoublez vos soins quand le regard se lève ;Faites que la maîtresse, au sortir du beau rêve,Retrouve agenouillé le vainqueur délicatTel après le succès qu’en son premier éclat.— Pourtant, j’ai grand regret des anciennes coutumes :Comme on arrivait bien, tenant sa toque à plumes !Et quel aplomb surtout, quand l’heureux cavalierRajustait son pourpoint sous son brillant collier !Je crois si fermement qu’entourés d’une fraiseLes propos gazouillaient ensuite avec plus d’aise,Que si demain le Ciel daigne exaucer mes vœux,Les amours reprendront les formes d’Henri Deux.

Mais pourquoi de jadis se troubler la cervelle ?Vêtons notre jeunesse à la mode nouvelle ;Et puisque l’élégance assombrit la couleur,Portons du moins le deuil décoré d’une fleur.— Tiens, ma mine, viens-t’en passer sous leur fenêtre :Rien qu’à te voir, la veuve entend son cœur renaître,L’épouse allume un feu menaçant pour l’époux,Et la pupille exige un mari comme nous.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources