Poésies de Charles coran, 1887
Lointain
Qu’il me plaît d’abriter, à l’ombre de ce livre,Un souvenirQu’une pâle élégie embaume et fait revivrePour l’avenir !
Sur les chemins du cœur sans repos je voyage ;J’ai beau marcher,Derrière, à l’horizon j’ai toujours ce villageEt son clocher
Et la simple maison couvant la solitudeDans son pourpris.D’ici je vois encor le signal d’habitudeAu volet gris.
Le maître aurait bien pu transformer en parterreLa triste cour,D’un jardin dessiné comme ceux d’AngleterreParer l’entour ;
Seuls les graves pommiers laissaient pendre leurs branchesVers le sol dur,Seul un vieux cep donnant de pauvres grappes blanchesOrnait le mur.
Nulles fleurs ! Si le vent avait semé par ruseUn réséda,Vite un couteau tourné contre la plante intruseL’ôtait : de là.
Et pourtant un bouquet égayait une chambre,Toujours nouveau,Qu’un vase entretenait, de janvier à décembre,Toujours dans l’eau.
Ces roses du dehors pour qui fleurissaient-elles ?Qui les offrait ?J’avais quinze ans ; l’amour croisa ses jeunes ailesSur mon secret.
Mais d’un premier désir qui perdrait la mémoire ?J’en tremble encor.Ah ! passez par mes vers sous une mante noire,Vœux sans essor !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources