Poésies de Charles coran, 1887
Un vieillard
Il a reçu des ans la calme majesté ;Mais l’aimable vieillard y mêle la gaîté,Et, de ses soirs d’hiver nous faisant une fête,Veut que les cheveux blancs soient des lis sur sa tête.Un moins sage que lui resterait près du feuA gronder sa servante, à bouder son neveu ;Lui se plaît dans les bals où le beau monde danse :Le gant paille à la main, sa dernière élégance,Il sourit ; et s’il parle, il cause d’aujourd’hui,Jamais du temps passé, car le passé c’est lui.Daignez l’interroger ; le moindre égard le flatte :Sa réplique a toujours la forme délicate ;Il sait ; et néanmoins ce penseur de bon goûtDevant votre ignorance aime hésiter sur tout.— Aussi, lorsque parfois je le trouve en soiréeCherchant dans nos salons la jeunesse dorée,Et que là des muguets prennent un air grognon,S’éborgnent pour braquer sur chacun leur lorgnon,Parlent de toute chose avec irrévérence,Et du ton des jockeys font une mode en France,Je rougis d’être jeune et l’attire à l’écart,Pour cacher notre siècle à l’aimable vieillard.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources