Poésies de Charles coran, 1887
Architecture
J’entends, pour m’accorder avec l’architecture,Lui trouver un écho de ma propre nature,Et, pris par mes instincts, sentir le monumentM’aller comme à ma taille adhère un vêtement.Dans la concorde alors, sous le toit de l’artiste,J’épanouis mes sens, fussé-je en venant triste.Eh bien, l’art ogival pactise avec l’Enfer,Ses églises ont peur ; et moi, qui dans l’étherAspire après l’amour d’un Dieu conçu sans haines,Et voudrais lui dresser, à l’exemple d’Athènes,Un temple couronné de frontons radieux,Où l’éternel Seigneur, miséricordieux,En se voyant compris du marbre pentélique,Descendrait comme un père écouter ma supplique ;Comment, homme assuré que tout effort est vainQuand l’esprit sans la grâce enseigne un but divin,Comment me livrerais-je aux sombres cathédrales,Sans maudire en mon cœur ces majestés murales,Et le noir moyen âge, égaré dans sa foi,Qui de la terre au ciel jette un tribut d’effroi ?Et d’ailleurs, ô Beauté, n’êtes-vous pas mon guide,Vous toujours me riant dans la blanche chlamydeQu’un sculpteur de Milo tout exprès laissa choirA mi-corps de Vénus, pour mieux vous laisser voir ?Symbolique idéal d’immuable harmonie,Sous une forme exquise éclose en Ionie,M’auriez-vous donc appris du haut d’un piédestalLes principes sacrés du style oriental,Pour me voir, entraîné par un vulgaire exemple,Dans la gothique église oublier le vieux temple ;Eh quoi ! me recueillir devant l’énormitéD’un incessant outrage au simple, à l’unité ?Chercher sous un fouillis dont l’excès me fait honteL’horreur divinisée et trouver là mon compte ?— Que l’édificateur emprunte au ParthénonL’art d’attirer un Grec, et j’accours ; sinon, non !
Inédit
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources