Poésies de Charles coran, 1887
A un moine de Zurbaran
QUE COPIAIT UNE GRANDE DAME
Frère, éteignez vos sens dans la longue prière ;Le front levé vers Dieu, les genoux sur la pierre,Pressez entre vos mains votre emblème de mort,Et demandez au Ciel la grâce d’être fort ;Oh oui ! car devant vous une belle indiscrète,Exhalant ses parfums, pour vous lorgner s’arrête,Belle à rendre amoureux un plus âgé que vous,Qui pourrait, elle aussi, vous tenir à genoux,Si vous baissiez la tête, imprudent jeune moine,Vers l’apparition qu’évita saint Antoine.Sous le brun capuchon garde donc ta ferveur,Frère, et dans une extase aperçois le Sauveur.Mais moi, dont le péché trouble le corps et l’âme,Voluptueux conquis dès qu’embaume une femme,Esclave terrassé par le bruit de ses pas,Païen qui me prosterne en lui tendant les brasEt voudrais affronter la mort pour le déliceD’étreindre sur mon cœur le sein de ma complice,Que deviendrais-je, ô Dieu ! si ces regards brûlantsM ’arrivaient de la sorte, immuables et lents !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources