Poésies de Charles coran, 1887
Au bal
A Madame
Madame, je le tiens de la jeune coquetteQui là-bas, sans valseurs, sèche sur la banquette,Derrière un éventail, entre deux grand’mamans :Quoi ! vous valsez encore, et vous avez trente ansQuoi ! vous osez le soir découvrir vos épaules ;Vous montiez vos cheveux ; que les femmes sont drôles !Suivez un bon conseil, — ou craignez quelque éclat, —Mettez un spencer jaune, un béret chocolat.— Elle dit ; mais déjà la feinte moralisteDe vos arrangements a pris pour soi la liste ;Votre coiffeur viendra dès demain la coiffer ;Gageons que sa toilette, elle aussi, va bouffer.Eh bien, résignez-vous à rester son modèle,Aidez en ses vingt ans la triste demoiselle :Belle aux seins demi-nus, aux bras demi-gantés,Belle de qui nos yeux cherchent les vénustés,Belle aux fiers cheveux noirs couronnés de pervenche,Régnez sur cette enfant, vous êtes la plus blanche ;Mais elle est la plus jeune et jugez son humeur :Le fruit mûr porte ombrage à l’acerbe primeur.Regardez-la, d’ici, débiter ses vinaigres,Et comprenez vos torts : ses épaules sont maigres.Que n’avez-vous sa taille et ses coudes pointus !Laide au bal, vous seriez son type de vertus.Avec Arsinoé jouez donc Célimène ;Consentez que de loin la prude vous malmène.Quand les fins cavaliers négligent ses printempsPour entraîner vos pas vers la valse à trois temps.
Inédit
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources