Poésies de Charles coran, 1887
De statuaire a grande dame
Le sculpteur lui disait : « Sois nue, ose être belle ;Par moi tu deviendras de femme une immortelle.Je te consacrerai l’immaculé paros :Ce sang marmoréen des dieux et des hérosTe rendra sous mes doigts toujours jeune, aussi blonde,Telle éternellement pour éblouir le monde ;Si bien que tes vingt ans, glorieux souvenir,Dans un palais de l’art détiendront l’avenir.J’irai plus loin : je veux que ton être s’incruste,Surmoulé par l’amour, dans l’airain plus robuste ;Ton idole, à l’abri de l’austère métal,Verra ramper les temps devant ton piédestal.Pour le bronze crains-tu les pillardes armées ?Eh bien, je graverai ton image en camées :Jusque parmi les morts, dans la paix des tombeaux,Les amants garderont tes traits sur leurs anneaux ;Puis, les âges futurs pratiqueront des fouilles,Les bijoux quitteront les antiques dépouilles,Et, fiers de milliers d’ans, tes onyx, retenusSur d’autres jeunes mains, s’appelleront Vénus. »— Que répondait la dame en écoutant ces choses ?.,L’atelier demeura pour longtemps portes closes ;Et, comme les sculpteurs ont leur jour au plafond,Portes closes — le ciel voit seul tout ce qu’ils font.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources