Poésies de Charles coran, 1887
La poésie en avril
A…
Adieu, livres ! Adieu, poètes cent fois lus :Amis de mon foyer, les Muses n’y sont plus !Et toi qu’Anacréon attirait sur sa coupe,Viens, ma colombe : aux champs ! suivons l’auguste troupe.Certe il faut égayer nos frileuses maisonsL’hiver, et nos longs soirs appellent les chansons ;Mais quand le tiède avril sème dans les prairiesLa violette, sœur des fraîches rêveries.Vaut-il pas mieux courir respirer sous le cielLes fleurs dont un bel art nous distillait le miel ?Viens donc, gagnons les prés ; tu trouveras plus douceLa jeune poésie éclose dans la mousse :Les bouquets te diront, — traduits par leur odeur, —L’amour, comme les vers, avec plus de candeur ;Plus tendrement que l’art, la rustique élégieRacontera nos cœurs dans cette anthologie.Viens, et si le soleil, ce rival indiscret,S’attachant à tes pas, guette notre secret,J’ouvrirai ton ombrelle, élégante barrière ;Et, dessous, les baisers se donneront carrière.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources